Mon ami, le paysage

 

J'ai pour voisin et compagnon

Un vaste et puissant paysage

Qui change et luit comme un visage

Devant le seuil de ma maison.

 

Même la nuit je le visite

Quand les astres semblent les yeux

De héros clairs et merveilleux

Que les splendeurs du ciel abritent.

 

À haute voix, à cœur ardent,

Je dis ton nom, brusque Persée ;

Et l'ombre immense et angoissée

Tressaille encore en l'entendant.

 

Je te nomme à ton tour, Hercule,

Et toi, Pollux, et toi, Castor,

Et toi, Vénus, dont le feu d'or

Préside au deuil des crépuscules.

 

[…]

 

Émile VERHAEREN