Moriture

 

Regarde ! avec amour la terre se couronne ;

Sous les vents attiédis son front rêve et frissonne ;

L'herbe rajeunissante habille le rocher

Où les nids amoureux vont déjà se cacher.

Regarde ! à flots pressés la sève monte et chante.

On voit les bois frémir :

Donne toute ton âme au tableau qui t'enchante,

Ô toi qui dois mourir !

 

Écoute ! la nuit pure a soulevé ses voiles,

Et berce l'univers aux hymnes des étoiles ;

Sous les rameaux touffus une touchante voix

S'élève, traduisant l'âme errante des bois ;

C'est un oiseau, le seul qui soupire et qui veille ;

Écoute-le gémir,

Et garde cette voix longtemps à ton oreille,

Ô toi qui dois mourir !

 

Ondine VALMORE

(1821-1853)