Tu es la vigueur du soleil

Et ta sève embaume.

Elle est un ruisseau de mai sous l'aubépine,

Plus douce que la fleur du sureau.

Tu te dresses et tu es la force de la forêt !


Tes reins blessent mes mains nouées,

Tu es rude comme un chêne.

Je t'ai baisé comme un rouge-gorge dans ma main,

J'aime la tiédeur de ton corps dans ma main.


Je me rassasie de ton odeur sauvage ;

Tu sens les bois et les marécages

Tu es beau comme un loup,

Tu jaillis comme un hêtre

Dont l'énergie gonfle l'écorce.

... Le nœud de tes épaules est dur sous les mains ;

L'axe du monde est dans ta chair.

... Mais je louerai ton cri sauvage,

Mais je louerai ton corps qui embaume,

C'est un bois sauvage aux rudes fleurs.

Je louerai ta brutalité,

Le sanglot rauque de ta chair;


Je louerai ta sève immense

Où l'univers est en puissance.

Je louerai tes poings et comment ils se dénouent

Tout à coup quand tu retombes

Au creux d'une épaule,

Plus doux qu'un petit enfant

Et plus innocent qu'un ange.


Marie DAUGUET

(1860-1942)