La providence à l'homme

 

Quand les voiles de ma sagesse

A tes yeux seront abattus,

Ces maux, dont gémit ta faiblesse,

Seront transformés en vertus,

De ces obscurités cessantes

Tu verras sortir triomphantes

Ma justice et ta liberté ;

C'est la flamme qui purifie

Le creuset divin où la vie

Se change en immortalité !

 

Mais ton cœur endurci doute et murmure encore ;

Ce jour ne suffit pas à tes yeux révoltés,

Et dans la nuit des sens tu voudrais voir éclore

De l'éternelle aurore

Les célestes clartés !

 

Attends; ce demi-jour, mêlé d'une ombre obscure,

Suffit pour te guider en ce terrestre lieu :

Regarde qui je suis, et marche sans murmure,

Comme fait la nature

Sur la foi de son Dieu.

 

La terre ne sait pas la loi qui la féconde ;

L'océan, refoulé sous mon bras tout-puissant,

Sait-il comment au gré du nocturne croissant

De sa prison profonde

La mer vomit son onde,

Et des bords qu'elle inonde

Recule en mugissant ?

 

[…]

 

Alphonse de LAMARTINE