La providence à l'homme

 

En quel éclatant caractère

Ce grand nom s'offrit à tes yeux !

Tu vis ma bonté sur la terre,

Tu lus ma grandeur dans les cieux !

L'ordre était mon intelligence ;

La nature, ma providence ;

L'espace, mon immensité !

Et, de mon être ombre altérée,

Le temps te peignit ma durée,

Et le destin, ma volonté !

 

Tu m'adoras dans ma puissance,

Tu me bénis dans ton bonheur,

Et tu marchas en ma présence

Dans la simplicité du cœur ;

Mais aujourd'hui que l'infortune

A couvert d'une ombre importune

Ces vives clartés du réveil,

Ta voix m'interroge et me blâme,

Le nuage couvre ton âme,

Et tu ne crois plus au soleil.

 

" Non, tu n'es plus qu'un grand problème

Que le sort offre à la raison ;

Si ce monde était ton emblème,

Ce monde serait juste et bon. "

Arrête, orgueilleuse pensée ;

A la loi que je t'ai tracée

Tu prétends comparer ma loi ?

Connais leur différence auguste

Tu n'as qu'un jour pour être juste,

J'ai l'éternité devant moi !

 

[…]

 

Alphonse de LAMARTINE