La providence à l'homme

 

Tu naquis : ma tendresse, invisible et présente,

Ne livra pas mon œuvre aux chances du hasard ;

J'échauffai de tes sens la sève languissante,

Des feux de mon regard.

 

D'un lait mystérieux je remplis la mamelle ;

Tu t'enivras sans peine à ces sources d'amour,

J'affermis les ressorts, j'arrondis la prunelle

Où se peignit le jour.

 

Ton âme, quelque temps par les sens éclipsée,

Comme tes yeux au jour, s'ouvrit à la raison

Tu pensas; la parole acheva ta pensée,

Et j'y gravai mon nom.

 

[…]

 

Alphonse de LAMARTINE