Mélodie de Rubinstein

 

C'est comme l'écho d'un sacré concert

Qu'on entend soudain sans rien y comprendre;

Où l'âme se noie en hachich amer

Que fait la douleur impossible à rendre.

 

De ces flots très lents, cœurs ayant souffert

De musique épris comme un espoir tendre

Qui s'en va toujours, toujours en méandre

Dans le froid néant où dorment leurs nerfs.

 

Ils n'ont rien connu sinon un grand rêve,

Et la mélodie éveille sans trêve

Quelque sympathie au fond de leurs cœurs.

 

Ils ont souvenance, aux mélancoliques

Accords, qu'il manquait à leurs chants lyriques

La douce passion qui fait les bons heurs.

 

Emile NELLIGAN

(1879-1941)