Montrez bien, Printemps gracieux

 

Montrez bien, Printemps gracieux,

De quel métier vous savez vous servir,

Car Hiver se fait seul ennuyeux,

Et vous le faites réjouir.

Aussitôt qu'il vous voit venir,

Lui et sa méchante retenue

Sont contraints et prêt de fuir

À votre joyeuse venue.

 

Hiver rend champs et arbres vieux,

Leurs barbes de neige blanchir,

Et est si froid, sale et pluvieux

Qu'après le feu vient croupir ;

On ne peut hors des toits sortir

Comme un oiseau qui se mue.

Mais vous faites tout rajeunir

À votre joyeuse venue.

 

Hiver fuit le soleil dans les cieux

Du manteau des nues couvrir ;

Or maintenant, loué soit Dieux,

Vous êtes venu éclaircir

Toutes choses à embellir.

Hiver a sa peine perdue,

Car l'an nouveau l'a fait bannir

À votre joyeuse venue.

 

Charles d'ORLÉANS

[Rondeaux]