Mon âme, il faut partir

Mon âme, il faut partir. Ma vigueur est passée,
Mon dernier jour est dessus l’horizon.
Tu crains ta liberté. Quoi ! n’es-tu pas lassée
D’avoir souffert soixante ans de prison ?

Tes désordres sont grands ; tes vertus sont petites ;
Parmi tes maux on trouve peu de bien ;
Mais si le bon Jésus te donne ses mérites,
Espère tout et n’appréhende rien.

Mon âme, repens-toi d’avoir aimé le monde,
Et de mes yeux fais la source d’une onde
Qui touche de pitié le monarque des rois.

Que tu serais courageuse et ravie
Si j’avais soupiré, durant toute ma vie,
Dans le désert, sous l’ombre de la Croix !

François MAYNARD
(1582-1646)
(1646)
[Les Œuvres]

Esprit sur tout autre éclatant,
Tes doctes vers qui valent tant,
À faire ne te coûtent guères :
Au lieu que nos Rimeurs vulgaires
Se mettent pour en faire un peu
La cervelle et la tête en feu...
Paul SCARRON

À la liste que Baudelaire a pris la peine de dresser des auteurs qu’il a imités... il faudrait ajouter Maynard :

Et sous l’aimable horreur de vos belles ténèbres
Donner toute son Âme aux pensers de la mort
François Maynard, Sonnet.
Paul ÉLUARD
Donner à voir