Naples…

    Naples : s’enfoncer dans les venelles grouillantes, aller respirer l’arôme du linge séchant aux fenêtres et l’odeur de la mort qui rôde en permanence. Assister également à l’une des centaines de fêtes populaires, disséminées dans toute la Campanie, où la foule soudée par le malheur chante, danse, rit, prie, mange, aime et à l’occasion, s’entre-tue, comme elle le fait depuis toujours. Comprendre cette ville maudite posée sur un volcan, jadis livrée aux assauts de tous – Grecs, Romains, Normands, Sarrasins, Angevins, Turcs, Français, Espagnols, hordes du Nord – jusqu’à ne plus être qu’un tas de ruines sublimes, en proie aux mafias et aux spéculateurs.
Naples, ville où l’on meurt encore de faim et de manque de soins, mais où l’existence est toujours perçue comme un don du ciel. Naples, ville où la musique est partout présente. Depuis quelques années, le Neapolis ensemble ressuscite les chants populaires de Naples avec la voix de Maria Marone : une madone aux pieds nus. Leur dernier disque est un ambitieux travail sur des pièces composées entre 1200 et 1974 qui rend hommage à Naples et à son peuple maltraité, humilié, à cet incroyable phare pluriséculaire de la péninsule, 3ème ville d’Europe jusqu’à l’unité italienne, qui la laissa exsangue.
Ritournelles mélancoliques, tarentelles effrénées, chansons tour à tour grinçantes et insouciantes, déplorations déchirantes, chaque pièce est un bijou d’ironie, d’amertume ou de souffrance. Mais un morceau, à lui seul, permet de saisir l’essence même de cette musique, la merveilleuse démesure napolitaine : la joie, la tristesse, la vie, la mort, toujours sur le fil du rasoir. Mais avec de grandes brassées de soleil…
Muze15