Premier roman

La lecture d'un roman jette sur la vie une lumière.
Louis ARAGON
Blanche ou l'oubli

Je suis une inconditionnelle du roman. Le roman c'est, comme le disait Aragon, « un mentir vrai », et le moyen de faire affleurer des vérités qui sont perçues inconsciemment, mais qui ne sont pas dites parce qu'elles ne peuvent pas être dites sous forme de commentaire. Il y a une vérité qui ne passe que lorsqu'on raconte une histoire.
Le roman a-t-il des exigences particulières ? Un roman c'est une enquête, mais par d'autres moyens que l'histoire ou que journalisme. L'histoire, c'est une enquête sur des faits, vous n'avez pas le droit d'inventer, il faut être rigoureux. Le journalisme, c'est la même chose, sauf que c'est de l'histoire immédiate. Une interview, c'est aller en quête d'un être. Le roman, c'est aussi une enquête, mais qui montre la reconstruction du réel. On construit un monde parallèle, avec sa couleur, sa musique, ses types de personnages… Il y a toujours quelque chose qui passe dans un roman.
Un roman, c'est toujours un engagement extraordinaire de l'être. Vous créez un monde, vous donnez votre monde et allez à la recherche d'un partage. C'est un doute absolu et, en même temps, c'est un acte de ferveur.
Pour moi, un premier roman, c'est comme un premier amour, comme le premier rendez-vous amoureux. Il est très difficile aujourd'hui pour les auteurs d'un premier roman de se faire connaître, parce que l'univers actuel donne plutôt sa chance à des valeurs sûres, à des formatages, et aussi à une littérature "industrielle". Dans ces premiers romans, il y a quand même, un acte de courage extraordinaire et je suis sûre qu'il y a des pépites, et que le système risque très souvent de les laisser de côté, de ne pas les voir, au profit de grands prix littéraires qui vont de plus en plus primer des gens très installés ! Il est requinquant pour des auteurs de s'apercevoir que, dans notre pays, les gens sont encore instruits, et qu'ils ont un jugement plein de sagacité. Il y a une révérence en France pour l'écrit et pour la culture, et il y a encore une grande liberté d'esprit. Les lecteurs, très souvent, ne sont pas du tout encombrés par les jugements des apparatchiks du milieu littéraire.
Pour moi, un vrai auteur, c'est quelqu'un qui n'a pas le mépris du public. Un grand auteur, c'est quelqu'un qui a un grand public, élite comprise. Découvrir un romancier, c'est découvrir un individu, un univers, mais la forme, l'écriture elle-même comptent beaucoup aussi. Un roman, c'est d'abord donner envie de croire à une histoire. S'il n'y a pas de crédibilité, il n'y a pas de roman. Ce que j'aime dans un roman, c'est me faire piéger. L'essentiel, c'est l'émotion, et qu'à la fin du roman, on ait fait un bon voyage et qu'on ait avancé dans sa tête. On doit passer un bon moment avec un roman, mais pas à n'importe quel prix, pas avec des facilités, pas avec de la vulgarité. Le lecteur a besoin de croire, mais il a aussi besoin d'être reconnu dans une forme de dignité, il n'a pas envie, d'être trompé sur la marchandise, d'être abaissé. C'est pourquoi il est attentif aux moyens mis en œuvre. Un roman qu'on aime, c'est toujours un roman qu'on a envie de faire partager à ses amis. Un livre est rassembleur, fédérateur. Et l'élitisme pour l'élitisme est rarement fédérateur.
Muze15