22 mars 2007

À la musique - Rainer Maria Rilke

À la Musique Musique : haleine des statues. Peut-être :Silence des tableaux. Toi, langue où les languesS’achèvent. Toi, TempsÉrigé à la verticaleDes cœurs évanescents.Sentiments vers qui ? Toi, ô métamorphoseDes sentiments en quoi ? : en paysage audible.Toi, étrangère : musique. Toi, espace du cœur,Bourgeon nourri de nous. Au plus intime, nôtre,Mais qui, nous dépassant, s’échappe –Saint adieu :Quand l’intériorité nous entoureComme l’horizon le plus exercé, comme l’autreFace de l’air :Pure,Gigantesque,Inhabitable désormais. ... [Lire la suite]
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21 mars 2007

Voyelles - Arthur Rimbaud

Voyelles A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,Je dirai quelque jour vos naissances latentes :A, noir corset velu des mouches éclatantesQui bombinent autour des puanteurs cruelles, Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;I, pourpres, sang craché, rire des lèvres bellesDans la colère ou les ivresses pénitentes ; U, cycles, vibrements divins des mers virides,Paix des pâtis semés d'animaux, paix des ridesQue l'alchimie imprime aux grands... [Lire la suite]
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20 mars 2007

Les pas - Paul Valéry

Les pas Tes pas, enfants de mon silence,Saintement, lentement placés,Vers le lit de ma vigilanceProcèdent muets et glacés. Personne pure, ombre divine,Qu'ils sont doux, tes pas retenus !Dieux !... tous les dons que je devineViennent à moi sur ces pieds nus ! Si, de tes lèvres avancées,Tu prépares pour l'apaiser,A l'habitant de mes penséesLa nourriture d'un baiser, Ne hâte pas cet acte tendre,Douceur d'être et de n'être pas,Car j'ai vécu de vous attendre,Et mon coeur n'était que vos pas. Paul VALERY(1922)[Charmes]
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19 mars 2007

Au bas des jardins de saules - W.B. Yeats

Au bas des jardins de saules Au bas des jardins de saules je t'ai rencontrée, mon amour.Tu passais les jardins de saules d'un pied qui est comme neige.Tu me dis de prendre l'amour simplement ainsi que poussent les feuilles, Mais moi j'étais jeune et fou, et n'ai pas voulu te comprendre. Dans un champ près de la rivière nous nous sommes tenus, mon amour,Et sur mon épaule penchée tu posas ta main qui est comme neige.Tu me dis de prendre la vie simplement, comme l'herbe pousse sur la levée,Mais moi j'étais jeune et fou et depuis... [Lire la suite]
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18 mars 2007

La rapidité des nuages - Yves Bonnefoy

La rapidité des nuages Le lit, la vitre auprès, la vallée, le ciel,La magnifique rapidité de ces nuages,La griffe de la pluie sur la vitre, soudain,Comme si le néant paraphait le monde. Dans mon rêve d’hier,Le grain d’autres années brûlait par flammes courtesSur le sol carrelé mais sans chaleur.Nos pieds nus l’écartaient comme une eau limpide. Ô mon amie,Comme était faible la distance entre nos corps !La lame de l’épée du temps qui rôdeY eût cherché en vain le lieu pour vaincre. Yves BONNEFOY(1987)[Ce qui fut sans lumière]
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17 mars 2007

Green - Paul Verlaine

Green Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branchesEt puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanchesEt qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux. J'arrive tout couvert encore de roséeQue le vent du matin vient glacer à mon front.Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposéeRêve des chers instants qui la délasseront. Sur votre jeune sein laissez rouler ma têteToute sonore encor de vos derniers baisers ;Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,Et que je dorme un... [Lire la suite]
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16 mars 2007

Chanson de Fortunio - Alfred de Musset

Chanson de Fortunio Si vous croyez que je vais direQui j'ose aimer,Je ne saurais, pour un empire,Vous la nommer. Nous allons chanter à la ronde,Si vous voulez,Que je l'adore et qu'elle est blondeComme les blés. Je fais ce que sa fantaisieVeut m'ordonner,Et je puis, s'il lui faut ma vie,La lui donner. Du mal qu'une amour ignoréeNous fait souffrir,J'en porte l'âme déchiréeJusqu'à mourir. Mais j'aime trop pour que je dieQui j'ose aimer,Et je veux mourir pour ma mieSans la nommer. Alfred de MUSSET(1836)[Poésies... [Lire la suite]
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15 mars 2007

Hélène - René-Guy Cadou

Hélène Je t’atteindrai HélèneÀ travers les prairiesÀ travers les matins de gel et de lumièreSous la cage de pierreOù ton épaule fait son nid Tu es de tous les joursL’inquiète la dormanteSur mes yeuxTes deux mains sont des barques errantesÀ ce front transparentOn reconnaît l’étéEt lorsqu’il me suffit de savoir ton passéLes herbes les gibiers les fleuves me répondent Sans t’avoir jamais vueJe t’appelais déjàChaque feuille en tombantMe rappelait ton pasLa vague qui s’ouvraitRecréait ton visageEt tu étais l’aubergeAux portes des... [Lire la suite]
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14 mars 2007

Ave - Catherine Pozzi

AVE Très haut amour, s'il se peut que je meureSans avoir su d'où je vous possédais,En quel soleil était votre demeureEn quel passé votre temps, en quelle heureJe vous aimais,Très haut amour qui passez la mémoire,Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,En quel destin vous traciez mon histoire,En quel sommeil se voyait votre gloire,Ô mon séjour...Quand je serai pour moi—même perdueEt divisée à l'abîme infini,Infiniment, quand je serai rompue,Quand le présent dont je suis revêtueAura trahi,Par l'univers en mille corps brisée,De... [Lire la suite]
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13 mars 2007

Les Yeux d'Elsa - Louis Aragon

Les Yeux d'Elsa Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire J'ai vu tous les soleils y venir se mirer S'y jeter à mourir tous les désespérés Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent L'été taille la nue au tablier des anges Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit Tes yeux rendent jaloux le... [Lire la suite]
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