15 juillet 2012
Si d'autres fleurs décorent la maison - Émile Verhaeren
Si d'autres fleurs décorent la maison
Si d'autres fleurs décorent la maison
Et la splendeur du paysage,
Les étangs purs luisent toujours dans le gazon,
Avec les grands yeux d'eau de leur mouvant visage.
Dites de quels lointains profonds et inconnus
Tant de nouveaux oiseaux sont-ils venus,
Avec du soleil sur leurs ailes ?
Juillet a remplacé Avril dans le jardin
Et les tons bleus par les grands tons incarnadins,
L'espace est chaud et le vent frêle ;
Mille insectes brillent dans l'air, joyeusement,
Et... [Lire la suite]
02 juillet 2012
Sonnet d'Alcippe - Honoré d'Urfé
Sonnet d'Alcippe
Sur la constance de son amitié
Amarillis toute pleine de grâce
Allait ces bords de ces fleurs dépouillant,
Mais sous la main qui les allait cueillant,
D'autres soudain renaissaient en leur place.
Ces beaux cheveux où l'Amour s'entrelasse,
Amour allait d'un doux air éveillant,
Et s'il en voit quelqu'un s'éparpillant,
Tout curieux soudain il le ramasse.
Telle Lignon pour la voir s'arrêta
Et pour miroir ses eaux lui présenta,
Et puis lui dit : Une si belle image
À ton... [Lire la suite]
24 juin 2012
Les moines - Émile Nelligan
Les moines
Ils défilent au chant étoffé des sandales,
Le chef bas, égrenant de massifs chapelets,
Et le soir qui s'en vient, du sang de ses reflets
Mordore la splendeur funéraire des dalles.
Ils s'effacent soudain, comme en de noirs dédales,
Au fond des corridors pleins de pourpres relais
Où de grands anges peints aux vitraux verdelets
Interdisent l'entrée aux terrestres scandales.
Leur visage est funèbre, et dans leurs yeux sereins
Comme les horizons vastes des cieux marins,
Flambe l'austérité des... [Lire la suite]
09 avril 2012
Mon ami, le paysage - Émile Verhaeren [VIII]
Mon ami, le paysage
Quand j'étais si vraiment heureux
De mes marches de roche en roche
Que j'embrassais les arbres proches
Avec des pleurs au fond des yeux
Et que les thyms sous la rosée
Et que les trèfles dans le vent
Me semblaient moins frais et vivants
Que mes espoirs et mes pensées.
J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.
Dites, vous ai-je aimés, retraites,
Coteaux feuillus, sources des bois,
Antres où... [Lire la suite]
03 avril 2012
Mon ami, le paysage - Émile Verhaeren [II]
Mon ami, le paysage
Un bruit s'entend : c'est un ruisseau
Qui abaisse de pente en pente
Le geste bleu de son eau lente
Jusqu'à la crique d'un hameau,
Tandis qu'au loin sur les éteules
Tassant le blé sous le soleil
Semble tenir dûment conseil
Le peuple d'or des grandes meules.
J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.
Sous l'azur froid qui le diapre
L'hiver, il accueille mes pas
Pour aiguiser à ses frimas
Ma... [Lire la suite]
02 avril 2012
Mon ami, le paysage - Émile Verhaeren [I]
Mon ami, le paysage
J'ai pour voisin et compagnon
Un vaste et puissant paysage
Qui change et luit comme un visage
Devant le seuil de ma maison.
Je vis chez moi de sa lumière
Et de son ciel dont les grands vents
Agenouillent ses bois mouvants
Avec leur ombre sur la terre.
Il est gardé par onze tours
Qui regardent du bout des plaines
De larges mains semer les graines
Sur l'aire immense des labours.
Un chêne y détient l'étendue
Sous sa rugueuse autorité,
Mais les cent doigts de la clarté
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27 mars 2012
On aura beau s'abstraire en de calmes maisons - Georges Rodenbach
On aura beau s'abstraire en de calmes maisons
On aura beau s'abstraire en de calmes maisons,
Couvrir les murs de bon silence aux pâles ganses,
La vie impérieuse, habile aux manigances,
A des tapotements de doigts sur les cloisons.
Dans des chambres sans bruit on aura beau s'enclore,
On aura beau vouloir, comme je le voulais,
Que le miroir pensif soit de nacre incolore,
Un peu de clarté filtre à travers les volets.
Et l'on entend toujours la plainte de la vie !
Car, malgré notre vœu d'exil, nous nous... [Lire la suite]
06 janvier 2012
À l'enfant que je n'ai pas eu - Liliane Wouters
À l'enfant que je n'ai pas eu
À l'enfant que je n'ai pas eu
mais que d'un homme je reçus
septante fois sept fois et davantage, à l'enfant sage
dont je formai le souffle et le visage
sept fois septante fois, dans un ventre pareil
au mien, par des nuits rouges de soleil,
par des jours cristallins d'aurore boréale,
à l'enfant dont je porte en moi les initiales
secrètes, ainsi que ton nom, Yahvé,
enfant conçu, toujours inachevé,
qu'on me fait, que je fais, à chaque fois que j'aime,
qui se défait en moi pour donner un... [Lire la suite]
04 janvier 2012
Je fumais tout en mon fort soupirer - Pontus de Tyard
Je fumais tout en mon fort soupirer
Je fumais tout en mon fort soupirer,
Si chaudement, que le froid de son cœur
Se distilla ; et l'ardente vigueur
Lui fit d'Amour un soupir respirer.
Mes yeux aussi, coutumiers d'attirer
A leurs ruisseaux tant de triste liqueur,
Amollissaient toute dure rigueur,
Dont me soulait ma dame martyrer.
Quand comme émue au soin de mon souci,
Me bienheurant de piteuse merci,
Merci, fin seule à mes dolents ennuis,
" Ami, dit-elle en visage amoureux,
Je mettrai fin à... [Lire la suite]
23 juillet 2011
D'une vieille à son miroir - André Berry
D'une vieille à son miroir
Dans sa glace l'ancienne belle
Mirait son visage cassé.
"Las! ce ne sont plus, dit-elle,
Les miroirs du temps passé".
André BERRY
