23 octobre 2012

Le clair jardin c'est la santé - Émile Verhaeren

Le clair jardin c'est la santé   Le clair jardin c'est la santé.   Il la prodigue, en sa clarté, Au va-et-vient de ses milliers de mains, De palmes et de feuilles,   Et la bonne ombre, où il accueille, Après de longs chemins, Nos pas, Verse, à nos membres las, Une force vivace et douce Comme ses mousses.   Quand l'étang joue avec le vent et le soleil, Un cœur vermeil Semble habiter au fond de l'eau Et battre, ardent et jeune, avec le flot ; Et les glaïeuls dardés et les roses ferventes, Qui dans... [Lire la suite]

11 septembre 2012

Les espaliers - Émile Verhaeren

Les espaliers   D'énormes espaliers tendaient des rameaux longs Où les fruits allumaient leur chair et leur pléthore, Pareils, dans la verdure, à ces rouges ballons Qu'on voit flamber les nuits de kermesse sonore.   Pendant vingt ans, malgré l'hiver et ses grêlons, Malgré les gels du soir, les givres de l'aurore, Ils s'étaient accrochés aux fentes des moellons, Pour monter jusqu'au toit, monter, monter encore.   Maintenant ils couvraient de leur faste les murs Et sur les pignons hauts et clairs, poires et... [Lire la suite]
30 août 2012

Ô le calme jardin d'été où rien ne bouge - Émile Verhaeren

Ô le calme jardin d'été où rien ne bouge   Ô le calme jardin d'été où rien ne bouge ! Sinon là-bas, vers le milieu De l'étang clair et radieux, Pareils à des langues de feu, Des poissons rouges.   Ce sont nos souvenirs jouant en nos pensées Calmes et apaisées Et lucides - comme cette eau De confiance et de repos.   Et l'eau s'éclaire et les poissons sautillent Au brusque et merveilleux soleil, Non loin des iris verts et des blanches coquilles Et des pierres, immobiles Autour des bords vermeils.   ... [Lire la suite]
15 juillet 2012

Si d'autres fleurs décorent la maison - Émile Verhaeren

Si d'autres fleurs décorent la maison   Si d'autres fleurs décorent la maison Et la splendeur du paysage, Les étangs purs luisent toujours dans le gazon, Avec les grands yeux d'eau de leur mouvant visage.   Dites de quels lointains profonds et inconnus Tant de nouveaux oiseaux sont-ils venus, Avec du soleil sur leurs ailes ?   Juillet a remplacé Avril dans le jardin Et les tons bleus par les grands tons incarnadins, L'espace est chaud et le vent frêle ; Mille insectes brillent dans l'air, joyeusement, Et... [Lire la suite]
15 juin 2012

Plus loin que les gares, le soir - Émile Verhaeren

Plus loin que les gares, le soir   L'ombre s'installe, avec brutalité ; Mais les ciseaux de la lumière, Au long des quais, coupent l'obscurité, A coups menus, de réverbère en réverbère.   La gare immense et ses vitraux larges et droits Brillent, comme une châsse, en la nuit sourde, Tandis que des voiles de suie et d'ombre lourde Choient sur les murs trapus et les hautains beffrois.   Et le lent défilé des trains funèbres Commence, avec leurs bruits de gonds Et l'entrechoquement brutal de leurs wagons, ... [Lire la suite]
20 mai 2012

Chanson de fou (2) - Émile Verhaeren

Chanson de fou (2)   Je les ai vus, je les ai vus, Ils passaient, par les sentes, Avec leurs yeux, comme des fentes, Et leurs barbes, comme du chanvre.   Deux bras de paille, Un dos de foin, Blessés, troués, disjoints, Ils s'en venaient des loins, Comme d'une bataille.   Un chapeau mou sur leur oreille, Un habit vert comme l'oseille ; Ils étaient deux, ils étaient trois, J'en ai vu dix, qui revenaient du bois.   L'un d'eux a pris mon âme Et mon âme comme une cloche Vibre en sa poche.   ... [Lire la suite]
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15 mai 2012

Les saints - Émile Verhaeren

Les saints   Dreling, dreling, C'est la fête de tous les Saints.   On en connaît qui sont venus, - dites, de quels pays d'or et d'ivoire ! - Depuis des temps que nul n'a retenus, Dans ma contrée, en sa mémoire. On en connaît qui sont partis de Trébizonde, Dieu sait par quels chemins, N'ayant pour seuls trésors au monde Que deux lys clairs, entre leurs mains.   Dreling, dreling, C'est la tête de tous les Saints.   J'en sais de très pauvres, mais très honnêtes, Là-bas, au fond d'un bourg flamand, ... [Lire la suite]
09 mai 2012

Les pêcheurs - Émile Verhaeren [II]

Les pêcheurs   Les villages sont engourdis Les villages et leurs taudis Et les saules et les noyers Que les vents d'Ouest ont guerroyés. Aucun aboi ne vient des bois Ni aucun cri, par à travers le minuit vide, Qui s'imbibe de cendre humide.   Sans qu'ils s'aident, sans qu'ils se hèlent, En leurs besognes fraternelles, N'accomplissant que ce qu'il doit, Chaque pêcheur pêche pour soi : Et le premier recueille, en les mailles qu'il serre, Tout le fretin de sa misère ; Et celui-ci ramène, à l'étourdie, Le fond... [Lire la suite]
08 mai 2012

Les pêcheurs - Émile Verhaeren [I]

Les pêcheurs   Le site est floconneux de brume Qui s'épaissit en bourrelets, Autour des seuils et des volets, Et, sur les berges, fume.   Le fleuve traîne, pestilentiel, Les charognes que le courant rapporte; Et la lune semble une morte Qu'on enfouit au bout du ciel.   Seules, en des barques, quelques lumières Illuminent et grandissent les dos Obstinément courbés, sur l'eau, Des vieux pêcheurs de la rivière,   Qui longuement, depuis hier soir, Pour on ne sait quelle pêche nocturne Ont descendu... [Lire la suite]
25 avril 2012

Comme à d'autres, l'heure et l'humeur - Émile Verhaeren

Comme à d'autres, l'heure et l'humeur   Comme à d'autres, l'heure et l'humeur : L'heure morose ou l'humeur malévole Nous ont, de leurs sceaux noirs, marqué le cœur, Mais, néanmoins, jamais, Même les soirs des jours mauvais Nos cœurs ne se sont dit les fatales paroles.   La sincérité claire, ardente, illuminée, Nous fut joie et conseil, Si bien que notre âme passionnée Toujours s'y retrempa, comme en un flux vermeil.   Et nous nous sommes dit nos plus pauvres misères, Les égrenant comme un âpre rosaire, ... [Lire la suite]