CLOPIN - CLOPANT

Plutôt un "carnet" de vie qu'un journal intime! Pépites de lectures, trésors de musique, magie des mots, "tsunami" de sensations, de découvertes, de pistes de réflexion pour mieux cheminer dans ce monde cruel et érodant.

09 novembre 2009

Je t'écris - Gaston Miron

Je t'écris

I

Je t'écris pour te dire que je t'aime
que mon coeur qui voyage tous les jours
— le cœur parti dans la dernière neige
le coeur parti dans les yeux qui passent
le coeur parti dans les ciels d'hypnose —
revient le soir comme une bête atteinte

Qu'es-tu devenue toi comme hier
moi j'ai noir éclaté dans la tête
j'ai froid dans la main
j'ai l'ennui comme un disque rengaine
j'ai peur d'aller seul de disparaître demain
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c'est ma vie que j'ai mal et ton absence

Le temps saigne
quand donc aurai-je de tes nouvelles
je t'écris pour te dire que je t'aime
que tout finira dans tes bras amarré
que je t'attends dans la saison de nous deux
qu'un jour mon coeur s'est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus

II

Quand nous serons couchés côte à côte
dans la crevasse du temps limoneux
nous reviendrons de nuit parler dans les herbes
au moment que grandit le point d'aube
dans les yeux des bêtes découpées dans la brume
tandis que le printemps liseronne aux fenêtres

Pour ce rendez-vous de notre fin du monde
c'est avec toi que je veux chanter
sur le seuil des mémoires des morts d'aujourd'hui
eux qui respirent pour nous
les espaces oubliés

Gaston MIRON

05 novembre 2009

Proverbes - Claude Albarède

Proverbes

Verse le vin
partage un fruit
fais que l'autre t'atteigne

Grave-toi
pour l'attendre
résiste au temps

Pareil aux rues
qui cherchent la lumière
enlace-toi

Verse le corps
pousse le cri
fais que l'autre t'abreuve

Retiens son ombre
prononce-la
écris-toi pour qu'il t'offre

L'été gagne en dedans

Claude ALBAREDE
2008
[Edition Printemps des poètes]

03 novembre 2009

L'automne - Lucie Delarue-Mardrus

L'Automne

On voit tout le temps, en automne
Quelque chose qui vous étonne,
C'est une branche tout à coup,
Qui s'effeuille dans votre cou ;
C'est un petit arbre tout rouge,

Un, d'une autre couleur encor,
Et puis partout, ces feuilles d'or
Qui tombent sans que rien ne bouge.

Nous aimons bien cette saison,
Mais la nuit si tôt va descendre !
Retournons vite à la maison
Rôtir nos marrons dans la cendre.

Lucie DELARUE-MARDRUS

01 novembre 2009

Citation à penser

Le temps dira tout à la postérité. C'est un bavard ; il parle quand on ne l'interroge pas.
EURIPIDE
[Fragments]

 

30 octobre 2009

Madame, quel est votre mot

Madame, quel est votre mot


Madame, quel est votre mot

Et sur le mot et sur la chose ?

On vous a dit souvent le mot,

On vous a souvent fait la chose.

Ainsi, de la chose et du mot

Pouvez-vous dire quelque chose.

Et je gagerai que le mot

Vous plaît beaucoup moins que la chose !

Pour moi, voici quel est mon mot

Et sur le mot et sur la chose.

J'avouerai que j'aime le mot,

J'avouerai que j'aime la chose.

Mais, c'est la chose avec le mot

Et c'est le mot avec la chose ;

Autrement, la chose et le mot

À mes yeux seraient peu de chose.

Je crois même, en faveur du mot,

Pouvoir ajouter quelque chose,

Une chose qui donne au mot

Tout l'avantage sur la chose :

C'est qu'on peut dire encor le mot

Alors qu'on ne peut plus la chose...

Et, si peu que vaille le mot,

Enfin, c'est toujours quelque chose !

De là, je conclus que le mot

Doit être mis avant la chose,

Que l'on doit n'ajouter un mot

Qu'autant que l'on peut quelque chose

Et que, pour le temps où le mot

Viendra seul, hélas, sans la chose,

Il faut se réserver le mot

Pour se consoler de la chose !

Pour vous, je crois qu'avec le mot

Vous voyez toujours autre chose :

Vous dites si gaiement le mot,

Vous méritez si bien la chose,

Que, pour vous, la chose et le mot

Doivent être la même chose...

Et, vous n'avez pas dit le mot,

Qu'on est déjà prêt à la chose.

Mais, quand je vous dis que le mot

Vaut pour moi bien plus que la chose

Vous devez me croire, à ce mot,

Bien peu connaisseur en la chose !

Eh bien, voici mon dernier mot

Et sur le mot et sur la chose :

Madame, passez-moi le mot...

Et je vous passerai la chose !


Gabriel-Charles de LATTAIGNANT

(1697-1779)

29 octobre 2009

On n'est pas là pour se faire engueuler - Boris Vian

On n'est pas là pour se faire engueuler


Un beau matin de juillet, le réveil
A sonné dès le lever du soleil
Et j'ai dit à ma poupée "Faut te s'couer
C'est aujourd'hui qu'il passe"
On arrive sur le boulevard sans retard
Pour voir défiler le roi d' Zanzibar
Mais sur-le-champ on est r'foulé par les agents

Alors j'ai dit :

On n'est pas là pour se faire engueuler
On est là pour voir le défilé
On n'est pas là pour se faire piétiner
On est là pour voir le défilé
Si tout le monde était resté chez soi
Ça f'rait du tort à la République
Laissez-nous donc qu'on le regarde
Sinon, plus tard, quand la reine reviendra
Ma parole, nous on r'viendra pas

L' jour de la fête à Julot, mon poteau
Je l'ai invité dans un p'tit bistro
Où l'on sert un beaujolais vrai de vrai
Un nectar de première
On est sorti très à l'aise et voilà
Que j'ai eu l'idée de l' ram'ner chez moi
Mais j'ai compris devant l' rouleau à pâtisserie

Alors j'ai dit :

On n'est pas là pour se faire engueuler
On est venu pour faire une tite belote
On n'est pas là pour se faire assommer
On est là pour la fête à mon pote
Si tout le monde restait toujours tout seul
Ça serait d'une tristesse pas croyable
Ouvre ta porte et sors des verres
Ne t'obstine pas ou sans ça l' prochain coup
Ma parole, j' rentre plus du tout

Ma femme a cogné si dur cette fois-là
Qu'on a trépassé l' soir même et voilà
Qu'on se r'trouve au paradis vers minuit
Devant Monsieur Saint Pierre
Il y avait quelques élus qui rentraient
Mais sitôt que l'on s'approche du guichet
On est r'foulé et Saint Pierre se met à râler

Alors j'ai dit :

On n'est pas là pour se faire engueuler
On est v'nu essayer l'auréole
On n'est pas là pour se faire renvoyer
On est mort, il est temps qu'on rigole
Si vous jetez les ivrognes à la porte
Il doit pas vous rester beaucoup d' monde
Portez-vous bien, mais nous on s' barre
Et puis on est descendu chez Satan
Et là-bas c'était épatant !

C' qui prouve qu'en protestant
Quand il est encore temps
On peut finir par obtenir des ménagements !


Boris VIAN

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20 octobre 2009

Divagation - Muze 15

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Les rues sommeillaient encore dans la brume et la rosée nocturne. Les réverbères dessinaient en tremblotant une avenue noyée de buée, le temps que la ville s'éveille et quitte son masque d'aquarelle...

19 octobre 2009

Ah ! Seigneur, Dieu des cœurs robustes, répondez - Charles Guérin

Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs robustes, répondez

Ah ! Seigneur, Dieu des coeurs robustes, répondez !
Quel est ce temps de doute où l'homme joue aux dés
Ses croyances, l'amour et le rêve et la gloire ?
Il est tard ; que faut-il aimer, que faut-il croire ?
Vacillants et plaintifs comme un peuple de joncs,
Sous le ciel triste et nu nous vous interrogeons ;
Notre âme sèche a soif d'une sève nouvelle.
Seigneur, que votre étoile à nos yeux se révèle !
Car déjà la nuit morne à l'horizon s'étend :
Voici que le soleil se couche et qu'on entend
Planer sur le sommeil de nations entières
Le grand vent solennel et noir des cimetières.

Charles GUÉRIN 

27 septembre 2009

Citation à penser

La fatalité veut que les gens qui savent bien qu'ils n'ont plus que peu de temps à vivre le passent à se rendre malheureux eux-mêmes et les autres. Il faut qu'ils suivent une autre voie que celle de l'intelligence.
LA PALATINE
Elisabeth-Charlotte de Bavière
[2ème épouse de Philippes d'Orléans, Monsieur, Frère de Louis XIV]

11 septembre 2009

Divagation - Muze15

12


Je sais que le temps efface les souvenirs, même ceux auxquels on est le plus attaché...

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