03 septembre 2012
Dès qu’on agitera les branches - André Gide
Dès qu’on agitera les branches
[…]
Mais des fruits – des fruits – Nathanaël, que dirai-je ?
Oh ! que tu ne les aies pas connus,
Nathanaël, c’est bien là ce qui me désespère.
Leur pulpe était délicate et juteuse,
Savoureuse comme la chair qui saigne,
Rouge comme le sang qui sort d’une blessure.
Ceux-ci ne réclamaient, Nathanaël, aucune soif particulière ;
On les servait dans des corbeilles d’or ;
Leur goût écœurait tout d’abord, étant d’une fadeur incomparable ;
Il n’évoquait celui d’aucun fruit de nos terres... [Lire la suite]
02 septembre 2012
Géranium - Alphonse de Lamartine
Géranium
Emblème de la nuit, ta fleur rougeâtre et sombre,
Géranium, attend la nuit pour embaumer.
Ton parfum hait le jour et se répand dans l'ombre.
Oh ! dites, dites-moi, vous qui savez aimer,
Dieu, comme cette fleur, n'a-t-il pas fait votre âme ?
N'est-il pas vrai qu'à ceux dont le cœur est de flamme
Le monde et la clarté sont toujours importuns ?
Et n'est-ce pas la nuit, et sous l'œil solitaire
De la lune voilée, amante du mystère,
Que l'amour doit sur nous épancher ses parfums ?
Alphonse de... [Lire la suite]
29 août 2012
La sieste - José-Maria de Hérédia
La sieste
Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.,
Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.
Vers la gaze de feu que trament les rayons,
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu'enivrent la... [Lire la suite]
14 janvier 2012
Sed non satiata - Charles Baudelaire
Sed non satiata
Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Œuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits,
Je préfère au constance, à l'opium, aux nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.
Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô démon sans pitié ! verse-moi moins de flamme ;
Je ne suis pas le Styx... [Lire la suite]
23 novembre 2011
Feuilles d'automne - Francis Vielé-Griffin
Feuilles d'automne (titre proposé)
[...]
Le rêve de la vallée,
Toute d'or et d'ombre au loin,
M'a pris et bercé et roulé
Dans un parfum de vigne et de foin ;
[...]
J'ai choisi l'automne attendri
Et cette heure des ombres longues ;
Je cueille une rose flétrie ;
On marche et les feuilles tombent.
Je regarde, feuille à feuille,
S'éparpiller dans le soir
Le manteau d'or et d'orgueil
De ces grands arbres noirs ;
Je regarde, goutte à goutte,
Tomber comme du sang,
Les... [Lire la suite]
10 juillet 2011
La solitude est verte - Louise de Vilmorin
La solitude est verte
Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.
Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.
Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des... [Lire la suite]
24 juin 2011
L'air en conserve - Jacques Charpentreau
L'air en conserve
Dans une boîte, je rapporte
Un peu de l'air de mes vacances
Que j'ai enfermé par prudence.
Je l'ouvre ! Fermez bien la porte !
Respirez à fond ! Quelle force !
La campagne en ma boîte enclose
Nous redonne l'odeur des roses,
Le parfum puissant des écorces,
Les arômes de la forêt...
Mais couvrez-vous bien, je vous prie,
Car la boîte est presque finie :
C'est que le fond de l'air est frais.
Jacques CHARPENTREAU
05 mai 2011
Éphéméride - Muze15
05 Mai 1921
La couturière Gabrielle Chanel (alias Coco) lance le parfum qui porte sa marque. Pour la première fois, une styliste endosse le manteau de parfumeuse. Elle fait alors appel à Ernest Beaux - parfumeur de la cour de Russie - pour la création du produit. Après que ce dernier lui propose plusieurs échantillons, Coco Chanel fait son choix : le cinquième d’entre eux. C’est ainsi que naît le Chanel n°5, qui gagnera une popularité remarquable dans les années à venir.
19 avril 2011
Les quatre saisons - Le printemps - Charles Cros
Les quatre saisons - Le printemps
Au printemps, c'est dans les bois nus
Qu'un jour nous nous sommes connus.
Les bourgeons poussaient vapeur verte.
L'amour fut une découverte.
Grâce aux lilas, grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.
Sous la glycine et le cytise,
Tous deux seuls, que faut-il qu'on dise ?
Nous n'aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.
Charles CROS
(1842-1888)
[Le coffret de santal]

Parfum d'éternitéVivantes immortellesVerte jouvencelle