20 février 2012

Le jugement de Komor - Charles-Marie Leconte de Lisle [VIII]

Le jugement de Komor   Il monta sur la tour, et, dans les flots hurlants, Précipita d'en haut la dépouille livide De celle qui voulut trahir ses cheveux blancs.   Morne, il la regarda tournoyer par le vide... Puis la tête et le corps entrèrent à la fois Dans la nuit furieuse et dans le gouffre avide.   Alors le Jarle fit un long signe de croix ; Et, comme un insensé, poussant un cri sauvage Que le vent emporta par delà les grands bois,   Debout sur les créneaux balayés par l'orage, Les bras tendus au... [Lire la suite]

19 février 2012

Le jugement de Komor - Charles-Marie Leconte de Lisle [VII]

Le jugement de Komor   - Frappe. Je l'aime encor : ta haine est légitime. Certes, je l'aimerai dans mon éternité ! Dieu m'ait en sa merci ! Pour toi, prends ta victime.   - Meurs donc dans ta traîtrise et ton impureté ! Dit Komor, avançant d'un pas grave vers elle ; Car Dieu va te juger selon son équité.   Tiphaine souleva de son épaule frêle Ses beaux cheveux dorés et posa pour mourir Sur le funèbre bloc sa tête pâle et belle.   On eût pu voir alors flamboyer et courir Avec un sifflement l'épée à... [Lire la suite]
17 février 2012

Le jugement de Komor - Charles-Marie Leconte de Lisle [V]

Le jugement de Komor   - Tiphaine, indigne enfant des braves chefs de Vanne, Opprobre de ta race et honte de Komor, Conjure le Sauveur, afin qu'il ne te damne ;   J'ai souffert très longtemps : je puis attendre encor. - Le Jarle recula dans l'angle du mur sombre, Et Tiphaine pria sous ses longs cheveux d'or.   Et sur le bloc l'épée étincelait dans l'ombre, Et la torche épandait sa sanglante clarté, Et la nuit déroulait toujours ses bruits sans nombre.   Tiphaine s'oublia dans un rêve enchanté... Elle... [Lire la suite]
16 février 2012

Le jugement de Komor - Charles-Marie Leconte de Lisle [IV]

Le jugement de Komor   Puis tout se tut. Le vent faisait rage au dehors ; Et la mer, soulevant ses lames furibondes, Ébranlait l'escalier crevassé de ses bords.   Une femme, à pas lents, très belle, aux tresses blondes, De blanc vêtue, aux yeux calmes, tristes et doux, Entra, se détachant des ténèbres profondes.   Elle vit, sans trembler ni fléchir les genoux, Le crucifix, le bloc, le fer hors de la gaîne, Et, muette, se tint devant le vieil époux.   Lui, plus pâle, frémit, plein d'amour et de haine, ... [Lire la suite]
15 février 2012

Le jugement de Komor - Charles-Marie Leconte de Lisle [III]

Le jugement de Komor   On entendit sonner le bruit d'une sandale : Un homme à robe brune écarta lentement L'épais rideau de cuir qui fermait cette salle.   - Jarle ! j'ai fait selon votre commandement, Après celui de Dieu, dit le moine. À cette heure, Ne souillez pas vos mains, Jarle ! soyez clément.   - Sire moine, il suffit. Sors. Il faut qu'elle meure, Celle qui, méprisant le saint nœud qui nous joint, Fit entrer lâchement la honte en ma demeure.   Mais la main d'un vil serf ne la touchera point. -... [Lire la suite]
14 février 2012

Le jugement de Komor - Charles-Marie Leconte de Lisle [II]

Le jugement de Komor   Or, au feu d'une torche en un flambeau grossier, Le Jarle, dans sa tour vieille que la mer ronge, Marchait, les bras croisés sur sa cotte d'acier.   Muet, sourd au fracas qui roule et se prolonge, Comprimant de ses poings la rage de son cœur, Le Jarle s'agitait comme en un mauvais songe.   C'était un haut vieillard, sombre et plein de vigueur. Sur sa joue aux poils gris, lourde, une larme vive De l'angoisse soufferte accusait la rigueur.   Au fond, contre le mur, tel qu'une... [Lire la suite]
13 février 2012

Le jugement de Komor - Charles-Marie Leconte de Lisle [I]

Le jugement de Komor   La lune sous la nue errait en mornes flammes, Et la tour de Komor, du Jarle de Kemper, Droite et ferme, montait dans l'écume des lames.   Sous le fouet redoublé des rafales d'hiver La tour du vieux Komor dressait sa masse haute, Telle qu'un cormoran qui regarde la mer.   Un grondement immense enveloppait la côte. Sur les flots palpitaient, blêmes, de toutes parts, Les âmes des noyés qui moururent en faute.   Et la grêle tintait contre les noirs remparts, Et le vent secouait la... [Lire la suite]