18 octobre 2012

Dans le jardin taillé ... - Jean Moréas

Dans le jardin taillé ...   Dans le jardin taillé comme une belle dame, Dans ce jardin nous nous aimâmes, sur mon âme ! Ô souvenances, ô regrets de l'heure brève, Souvenances, regrets de l'heur. Ô rêve en rêve   Et triste chant dans la bruine et sur la grève. Chant triste et si lent et qui jamais ne s'achève, Lent et voluptueux, cerf qui de désir brame, Et tremolo banal, aussi, de mélodrame :   C'est la table rustique avec ses nappes blanches Et les coupes de vins de Crète, sous les branches, La table à la... [Lire la suite]

29 septembre 2012

Sur l'or - Laurent Drelincourt

Sur l'or   Vieux tyran, d'obscure naissance, Brillant et pâle séducteur, Subtil et volage enchanteur, Sujet de trouble et d'insolence ;   Vaine idole, dont la puissance Soustrait les cœurs au Créateur, Métal, de tant de maux l'auteur, Objet de crainte et d'espérance ;   Or fatal, tu viens de l'Enfer, Pour nous faire un siècle de fer, Dans le riche siècle où nous sommes.   Mais, ô vertu, rare trésor ! Si tu descendais sur les hommes, On reverrait le Siècle d'Or.   Laurent DRELINCOURT ... [Lire la suite]
20 septembre 2012

Oisillon bleu - Jean Moréas

Oisillon bleu   Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Dorlotent doucement les cœurs Meurtris par les destins moqueurs.   Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Donnent de nouvelles vigueurs Aux corps minés par les langueurs.   Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Font revivre les espoirs morts Et terrassent les vieux remords.   Oisillon bleu couleur-du-temps, Je t'ai cherché longtemps, longtemps, Par mont, par val et par ravin En vain, en vain !... [Lire la suite]
01 août 2012

Petites misères d'août - Jules Laforgue

Petites misères d'août   Oh ! quelle nuit d'étoiles, quelles saturnales ! Oh ! mais des galas inconnus Dans les annales Sidérales ! Bref, un Ciel absolument nu !   Ô Loi du Rythme sans appel ! Que le moindre Astre certifie Par son humble chorégraphie Mais nul spectateur éternel.   Ah ! la Terre humanitaire N'en est pas moins terre-à-terre ! Au contraire.   La Terre, elle est ronde Comme un pot-au-feu, C'est un bien pauv' monde Dans l'Infini bleu.   Cinq sens seulement, cinq ressorts pour... [Lire la suite]
26 juillet 2012

Belles fleurs, dont je voy ces jardins embellis - Vincent Voiture

Belles fleurs, dont je voy ces jardins embellis   Belles fleurs, dont je voy ces jardins embellis, Chastes Nymphes, l'Amour et le soin de l'Aurore, Innocentes beautez que le Soleil adore, Dont l'éclat rend la Terre et les Cieux embellis.   Allez rendre l'hommage au beau teint de Philis, Nommez-la vostre Reine, et confessez encore, Qu'elle est plus éclattante et plus belle que Flore, Lors qu'elle a plus d'œillets, de roses, et de lis.   Quittez donc sans regret ces lieux et vos racines, Pour voir une beauté,... [Lire la suite]
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27 juin 2012

Quand vous considérez en cette claire glace - Béroalde de Verville

Quand vous considérez en cette claire glace   Quand vous considérez en cette claire glace De vos perfections les belles raretés, Non, vous n'y voyez point cette parfaite grâce Que tout œil reconnaît aux traits de vos beautés.   De quoi vous peut servir de savoir être belle ? C'est cela que sans plus vous montre le miroir, Mais dans le cœur amant qui vous est tout fidèle Vous verrez vos beautés pour savoir leur pouvoir.   Votre œil beau roi des yeux ne se devrait pas plaire Au rapport des miroirs bien... [Lire la suite]

11 mai 2012

Chanson de la plus haute tour - Arthur Rimbaud

Chanson de la plus haute tour   Oisive jeunesse A tout asservie, Par délicatesse J'ai perdu ma vie. Ah ! Que le temps vienne Où les cœurs s'éprennent.   Je me suis dit : laisse, Et qu'on ne te voie : Et sans la promesse De plus hautes joies. Que rien ne t'arrête, Auguste retraite.   J'ai tant fait patience Qu'à jamais j'oublie ; Craintes et souffrances Aux cieux sont parties. Et la soif malsaine Obscurcit mes veines.   Ainsi la prairie A l'oubli livrée, Grandie, et fleurie D'encens et... [Lire la suite]
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03 mai 2012

Corps et âmes - René-François Sully Prudhomme

Corps et âmes   Heureuses les lèvres de chair ! Leurs baisers se peuvent répondre ; Et les poitrines pleines d'air ! Leurs soupirs se peuvent confondre.   Heureux les cœurs, les cœurs de sang ! Leurs battements peuvent s'entendre ; Et les bras ! Ils peuvent se tendre, Se posséder en s'enlaçant.   Heureux aussi les doigts ! Ils touchent ; Les yeux ! Ils voient. Heureux les corps ! Ils ont la paix quand ils se couchent, Et le néant quand ils sont morts.   Mais, oh ! Bien à plaindre les âmes ! Elles... [Lire la suite]
15 avril 2012

Mélodie de Rubinstein - Émile Nelligan

Mélodie de Rubinstein   C'est comme l'écho d'un sacré concert Qu'on entend soudain sans rien y comprendre; Où l'âme se noie en hachich amer Que fait la douleur impossible à rendre.   De ces flots très lents, cœurs ayant souffert De musique épris comme un espoir tendre Qui s'en va toujours, toujours en méandre Dans le froid néant où dorment leurs nerfs.   Ils n'ont rien connu sinon un grand rêve, Et la mélodie éveille sans trêve Quelque sympathie au fond de leurs cœurs.   Ils ont souvenance, aux... [Lire la suite]
03 mars 2012

L'enfant - Victor Hugo

L'enfant Quand l'enfant nous regarde, on sent Dieu nous sonder ; Quand il pleure, j'entends le tonnerre gronder, Car penser c'est entendre, et le visionnaire Est souvent averti par un vague tonnerre. Quand ce petit être, humble et pliant les genoux, Attache doucement sa prunelle sur nous, Je ne sais pas pourquoi je tremble ; quand cette âme, Qui n'est pas homme encore et n'est pas encor femme, En qui rien ne s'admire et rien ne se repent, Sans sexe, sans passé derrière elle rampant, Verse, à travers les cils de sa rose... [Lire la suite]