15 mars 2008

Alchimie du verbe - Arthur Rimbaud

Alchimie du verbe À moi. L’histoire d’une de mes folies. Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie modernes. J’aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs. Je... [Lire la suite]
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06 mars 2008

Anabase - Saint-John Perse

Extrait d'Anabase … ha! toutes sortes d'hommes dans leurs voies et façons : mangeurs d'insectes, de fruits d'eau ; porteurs d'emplâtres, de richesses ! l'agriculteur et l'adalingue, l'acupuncteur et le saunier ; le péager, le forgeron ; marchands de sucre, de cannelle, de coupes à boire en métal blanc et de lampes de corne ; celui qui taille un vêtement de cuir, des sandales dans le bois et des boutons en forme d'olives ; celui qui donne à la terre ses façons ; et l'homme de nul métier : homme au faucon, homme à la flûte, homme aux... [Lire la suite]
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30 novembre 2007

Lettre à Juliette Récamier - Chateaubriand

Lettre à Juliette Récamier Rome, mercredi saint, 15 avril 1829 Je sors de la chapelle Sixtine, après avoir assisté à Ténèbres et entendu chanter le Miserere. Je me souvenais que vous m'aviez parlé de cette cérémonie et j'en étais, à cause de cela, cent fois plus touché. Le jour s'affaiblissait, les ombres envahissaient lentement les fresques de la chapelle et l'on n'apercevait plus que quelques grands traits du pinceau de Michel-Ange. Les cierges, tour à tour éteints, laissaient échapper de leur lumière étouffée une légère fumée... [Lire la suite]
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27 octobre 2007

Chant quatrième, strophe 4 - Isidore Ducasse, comte de Lautréamont

Chant quatrième, strophe 4 Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent. Les croûtes et les escarres de la lèpre ont écaillé ma peau, couverte de pus jaunâtre. Je ne connais pas l’eau des fleuves, ni la rosée des nuages. Sur ma nuque, comme sur un fumier, pousse un énorme champignon, aux pédoncules ombellifères. Assis sur un meuble informe, je n’ai pas bougé mes membres depuis quatre siècles. Mes pieds ont pris racine dans le sol et composent, jusqu’à mon ventre, une sorte de végétation... [Lire la suite]
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19 octobre 2007

La chanson de la plus belle femme - Charles Cros

La chanson de la plus belle femme Je suis la plus belle des femmes qui ont existé avant moi, de celles qui vivent maintenant et de celles qui naîtront après. Je joue merveilleusement des instruments de musique. Ma voix a des profondeurs marines et des élévations célestes. Les paroles que je prononce n’ont jamais été encore entendues. Les accords parce que les cordes sont frôlées par mes doigts blancs, les chansons parce qu’elles sortent de ma bouche éblouissante, les paroles parce que mes regards tout-puissants planent sur... [Lire la suite]
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15 octobre 2007

La solitude absolue... - François-René de Chateaubriand

La solitude absolue... « La solitude absolue, le spectacle de la nature, me plongèrent bientôt dans un état presque impossible à décrire. Sans parents, sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre, n’ayant point encore aimé, j’étais accablé d’une surabondance de vie. Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon cœur, comme des ruisseaux d’une lave ardente ; quelquefois je poussais des cris involontaires, et la nuit était également troublée de mes songes et de mes veilles. Il me manquait quelque chose pour... [Lire la suite]
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11 octobre 2007

Ici commence le court bonheur de ma vie - Rousseau

Ici commence le court bonheur de ma vie... Ici commence le court bonheur de ma vie ; ici viennent les paisibles mais rapides moments qui m'ont donné le droit de dire que j'ai vécu. Moments précieux et si regrettés ! Ah ! Recommencez pour moi votre aimable cours ; coulez plus lentement dans mon souvenir, s'il est possible, que vous ne fîtes réellement dans votre fugitive succession. Comment ferai-je pour prolonger à mon gré ce récit si touchant et si simple, pour redire toujours les mêmes choses, et n'ennuyer pas plus mes lecteurs... [Lire la suite]
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07 octobre 2007

Neige - Maxence Fermine

Le bruit du pot d'eau qui éclate(L'eau a gelé cette nuit)Me reveilleBASHÔ — Qu'est-ce que la poésie ? demanda le prêtre.— C'est le mystère ineffable, répondit Yuko.Un matin, le bruit du pot d'eau qui éclate dans la tête fait germer une goutte de poésie, réveille l'âme et lui confère sa beauté. C'est le moment de dire l'indicible. C'est le moment de voyager sans bouger.C'est le moment de devenir poète. Ne rien enjoliver. Ne pas parler. Regarder et écrire. En peu de mots. Dix-sept syllabes. Un haïku. Un matin, on se réveille. Il est... [Lire la suite]
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02 octobre 2007

Prière à Dieu - Voltaire

Prière à Dieu Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse ; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s'il est permis à de faibles créatures  perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cour pour nous haïr, et des... [Lire la suite]
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