09 septembre 2012

Il était une feuille - Robert Desnos

  Il était une feuille   Il était une feuille avec ses lignes Ligne de vie Ligne de chance Ligne de cœur Il était une branche au bout de la feuille Ligne fourchue signe de vie Signe de chance Signe de cœur Il était un arbre au bout de la branche Un arbre digne de vie Digne de chance Digne de cœur Cœur gravé, percé, transpercé, Un arbre que nul jamais ne vit. Il était des racines au bout de l’arbre Racines vignes de vie Vignes de chance Vignes de cœur Au bout des racines il était la terre La terre tout... [Lire la suite]
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08 septembre 2012

La prune - Jules Renard

La prune   À Marcel Schwob   Au bout de la branche pend une prune qui ne veut pas tomber. Pourtant, gonflée comme une joue d'enfant boudeur, mûre, pleine d'un jus lourd, elle est continûment attirée vers la terre. D'une pointe de feu le soleil lui pique la peau, lui ronge ses couleurs, lui brûle la queue tout le jour. Elle ne se détache pas. Le vent l'attaque à son tour, l'enveloppe d'abord, la caresse sournoisement de son haleine, puis, s'acharnant, souffle dessus d'un brusque effort. La prune remue au gré du vent,... [Lire la suite]
07 septembre 2012

La pomme - Pierre Gamarra

La pomme   Une pomme rubiconde Se pavanait, proclamant Qu’elle était le plus beau de tous les fruits du monde, Le plus tendre, le plus charmant, Le plus sucré, le plus suave, Ni la mangue, ni l’agave, Le melon délicieux, Ni l’ananas, ni l’orange, Aucun des fruits que l’on mange Sous l’un ou l’autre des cieux, Ni la rouge sapotille, La fraise, ni la myrtille N’avait sa chair exquise et sa vive couleur. On ne pourrait jamais lui trouver une sœur. La brise répandait alentour son arôme Et sa pourpre éclatait sur le... [Lire la suite]
06 septembre 2012

Le dahlia bleu - Pierre Dupont

Le dahlia bleu   Où donc s'envolent vos semaines, Pourquoi, soucieux jardiniers, Ce surcroît de soins et de peines? Vos jardins sont des ateliers Où vous tissez des fleurs humaines. Ô fleurs divines d'autrefois ! Lis et roses, fuyez aux bois ; Bluets, pervenches, violettes Myosotis, vivez seulettes, Sous l'œil de Dieu, Ils rêvent le dahlia bleu,   Qu'il faudrait une main savante Pour semer à son gré l'azur Qui des cieux colore la tente, Se réfléchit dans un flot pur, Et dans mille fleurs nous enchante ! ... [Lire la suite]
05 septembre 2012

À la nuit - Anna de Noailles

À la nuit   Nuits où meurent l'azur, les bruits et les contours, Où les vives clartés s'éteignent une à une, Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour Descendent mollement et dansent à la lune,   Jardin d'épais ombrage, abri des corps déments, Grand cœur en qui tout rêve et tout désir pénètre Pour le repos charnel ou l'assouvissement, Nuit pleine des sommeils et des fautes de l'être,   Nuit propice aux plaisirs, à l'oubli, tour à tour, Où dans le calme obscur l'âme s'ouvre et tressaille Comme une fleur... [Lire la suite]
04 septembre 2012

Chanson de l’artichaut - Tristan Klingsor

Chanson de l’artichaut   J'ai cent feuilles à mon cœur tremblant   Comme celui d'un galant ;   Brune, rousse ou blonde,   Il en est pour tout le monde.   J'ai cent feuilles tendres d'un côté   Et piquantes de l'autre,   Comme feintises et patenôtres   De jouvenceaux amignottés.   Mais sans doute, belles, peu vous chaut   D'un joli cœur d'artichaut, Et brune, rousse ou blonde préférerait   Le simple cœur d'un dameret.   De sorte qu'il me faudra finir aussi ... [Lire la suite]
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03 septembre 2012

Dès qu’on agitera les branches - André Gide

Dès qu’on agitera les branches   […] Mais des fruits – des fruits – Nathanaël, que dirai-je ? Oh ! que tu ne les aies pas connus, Nathanaël, c’est bien là ce qui me désespère. Leur pulpe était délicate et juteuse, Savoureuse comme la chair qui saigne, Rouge comme le sang qui sort d’une blessure. Ceux-ci ne réclamaient, Nathanaël, aucune soif particulière ; On les servait dans des corbeilles d’or ;   Leur goût écœurait tout d’abord, étant d’une fadeur incomparable ; Il n’évoquait celui d’aucun fruit de nos terres... [Lire la suite]
02 septembre 2012

Géranium - Alphonse de Lamartine

Géranium   Emblème de la nuit, ta fleur rougeâtre et sombre, Géranium, attend la nuit pour embaumer. Ton parfum hait le jour et se répand dans l'ombre. Oh ! dites, dites-moi, vous qui savez aimer, Dieu, comme cette fleur, n'a-t-il pas fait votre âme ?   N'est-il pas vrai qu'à ceux dont le cœur est de flamme Le monde et la clarté sont toujours importuns ? Et n'est-ce pas la nuit, et sous l'œil solitaire De la lune voilée, amante du mystère, Que l'amour doit sur nous épancher ses parfums ?   Alphonse de... [Lire la suite]
01 septembre 2012

Un seul je hais, qui deux me fait aimer - Pernette du Guillet

Un seul je hais, qui deux me fait aimer   Un seul je hais, qui deux me fait aimer Plus par pitié d'aveuglée jeunesse, Qui trouve doux ce que je trouve amer, Que par instinct d'amoureuse détresse, Laquelle toute au quatrième m'adresse, Le voyant tout en moi s'iniquiter.   Par quoi, voulant envers tous m'acquitter, Contrainte suis - afin que ne m'écarte - Fuyant les trois, le quatrième quitter, Pour non trembler si grosse fièvre quarte.   Pernette du GUILLET (1520-1545) [Rymes XLV]
31 août 2012

Un dahlia - Paul Verlaine

Un dahlia   Courtisane au sein dur, à l'œil opaque et brun S'ouvrant avec lenteur comme celui d'un bœuf, Ton grand torse reluit ainsi qu'un marbre neuf.   Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun Arôme, et la beauté sereine de ton corps Déroule, mate, ses impeccables accords.   Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu'au moins Exhalent celles-là qui vont fanant les foins, Et tu trônes, Idole insensible à l'encens.   - Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur, Elève sans orgueil sa tête sans... [Lire la suite]