19 septembre 2012

Peindre la France - Agrippa d'Aubigné

Peindre la France   […] Je veux peindre la France une mère affligée, Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée. Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage Dont nature donnait à son besson l'usage ; Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux, Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux, Si que, pour arracher à son frère la vie, Il méprise la sienne et n'en a plus d'envie. Mais son Jacob, pressé d'avoir... [Lire la suite]

18 septembre 2012

Chant d'amour - Jacques Peletier du Mans

Chant d'amour   Amour au cœur déjà me fait sentir Des ans passés un honteux repentir Qui me faisait ignorer sa puissance : Déjà en moi je me sens accusé D'ainsi avouer de ma vie abusé, Me repaissant de fausse jouissance.   J'étais content, mais pour rien ne vouloir ; J'étais joyeux de point ne me douloir ; Mon heur passait sans que je l'aperçusse, Je jouissais en l'ombre de mon bien Sans m'en sentir, sans entendre combien Et sans avouer à qui le gré j'en susse.   J'ai maintenant en quoi me réjouir, Je... [Lire la suite]
17 septembre 2012

L'auteur et les souris - Jean-Pierre Claris de Florian

L'auteur et les souris   Un auteur se plaignait que ses meilleurs écrits Etaient rongés par les souris. Il avait beau changer d'armoire, Avoir tous les pièges à rats Et de bons chats, Rien n'y faisait : prose, vers, drame, histoire, out était entamé ; les maudites souris Ne respectaient pas plus un héros et sa gloire, Ou le récit d'une victoire, Qu'un petit bouquet à Chloris. Notre homme au désespoir, et, l'on peut bien m'en croire, Pour y mettre un auteur peu de chose suffit, Jette un peu d'arsenic au fond de... [Lire la suite]
16 septembre 2012

Le verger des tentations - Émile Zola

Le verger des tentations   Des pruniers vénérables, tout chenus de mousse, grandissaient encore pour aller boire l’ardent soleil, sans qu’une seule de leurs feuilles pâlit. Des cerisiers bâtissaient des villes entières, des maisons à plusieurs étages, jetant des escaliers, établissant des planchers de branches, larges à y loger dix familles. Puis, c’étaient des pommiers, les reins cassés, les membres contournés, comme de grands infirmes, la peau racheuse, maculée de rouille verte ; des poiriers lisses, dressant une... [Lire la suite]
15 septembre 2012

Le jardin et la maison - Anna de Noailles

Le jardin et la maison   Voici l'heure où le pré, les arbres et les fleurs Dans l'air dolent et doux soupirent leurs odeurs.   Les baies du lierre obscur où l'ombre se recueille Sentant venir le soir se couchent dans leurs feuilles,   Le jet d'eau du jardin, qui monte et redescend, Fait dans le bassin clair son bruit rafraîchissant ;   La paisible maison respire au jour qui baisse Les petits orangers fleurissant dans leurs caisses.   Le feuillage qui boit les vapeurs de l'étang Lassé des feux du... [Lire la suite]
14 septembre 2012

Le jardinier - Maurice Carême

Le jardinier   Le jardinier a déposé sa bêche, Il a frotté ses mains pleines de terre, Puis est passé près des roses trémières Pour se cueillir une pesante pêche.   Il a mordu dedans à pleines dents, Et le jus a coulé dans la lumière Sur son menton encore tout mouillé De sueur chaude mêlée de poussière.   Il a levé son menton clair vers le ciel Tout bleu sur le toit rouge des maisons Et il a vu la dernière hirondelle Faire des nœuds autour de son pignon.   Longtemps, il a regardé l’horizon; Il a... [Lire la suite]

13 septembre 2012

Plus vite, mûrissez ! - Goethe

Plus vite, mûrissez !   Verdis, plus épais, Feuillage de la treille Au bord de ma fenêtre. Jaillissez, plus serrés, Grains jumeaux de la grappe, Plus pleine, plus vite mûrissez ! Le soleil vous couve Sous son regard d’adieu. Du ciel propice Le souffle vous charme. D’une magique haleine La lune vous baigne. Hélas ! aussi vous humectent, De ces yeux jaillissant, Éternelle source de vie, Les larmes de la vie, Les larmes de l’amour.   Johann Wolfgang von GOETHE [Chansons – 1776]
12 septembre 2012

Voici l’oseille qui rougit - Tristan Klingsor

Voici l’oseille qui rougit   Le rouge-gorge est au verger ; Ah ! qu’il est joli, le voleur ; Il ne pèse pas plus que plume Et le vent le balance à son gré Comme une fleur ; Ah ! qu’il est joli, le voleur de prunes.   Oiseau, bel oiseau d’automne, Voici l’oseille qui rougit Dans l’herbe, Et la feuille du poirier jaune ; Tout se couvre de pourpre et de vieil or superbe Avant l’hiver gris.   Tristan KLINGSOR [Chansons villageoises – 1934]
11 septembre 2012

Les espaliers - Émile Verhaeren

Les espaliers   D'énormes espaliers tendaient des rameaux longs Où les fruits allumaient leur chair et leur pléthore, Pareils, dans la verdure, à ces rouges ballons Qu'on voit flamber les nuits de kermesse sonore.   Pendant vingt ans, malgré l'hiver et ses grêlons, Malgré les gels du soir, les givres de l'aurore, Ils s'étaient accrochés aux fentes des moellons, Pour monter jusqu'au toit, monter, monter encore.   Maintenant ils couvraient de leur faste les murs Et sur les pignons hauts et clairs, poires et... [Lire la suite]
10 septembre 2012

La Résille - Tristan Klingsor

La Résille   Est-ce la pluie ? Ou seulement le vent Qui s'amuse à froisser le feuillage des arbres ? Je vais à la croisée et je regarde Le jardin immobile et l'oiseau tournoyant.   Hirondelle, pourquoi veux-tu partir si vite Et laisser ton nid vide ? Rien ne presse, Puisque la rose est toujours vive Et le jasmin de Virginie.   Reste un peu plus ici, reste, Et trace sans arrêt sur ce fond gris et vert De campagne et de ciel La résille magique où se perd Le poids de mon souci.   Reste jusqu'à la... [Lire la suite]