29 septembre 2012

Sur l'or - Laurent Drelincourt

Sur l'or   Vieux tyran, d'obscure naissance, Brillant et pâle séducteur, Subtil et volage enchanteur, Sujet de trouble et d'insolence ;   Vaine idole, dont la puissance Soustrait les cœurs au Créateur, Métal, de tant de maux l'auteur, Objet de crainte et d'espérance ;   Or fatal, tu viens de l'Enfer, Pour nous faire un siècle de fer, Dans le riche siècle où nous sommes.   Mais, ô vertu, rare trésor ! Si tu descendais sur les hommes, On reverrait le Siècle d'Or.   Laurent DRELINCOURT ... [Lire la suite]

28 septembre 2012

Le silence déjà funèbre d'une moire - Stéphane Mallarmé

Le silence déjà funèbre d'une moire   Dispose plus qu'un pli seul sur le mobilier Que doit un tassement du principal pilier Précipiter avec le manque de mémoire.   Notre si vieil ébat triomphal du grimoire, Hiéroglyphes dont s'exalte le millier A propager de l'aile un frisson familier ! Enfouissez-le-moi plutôt dans une armoire.   Du souriant fracas originel haï Entre elles de clartés maîtresses a jailli Jusque vers un parvis né pour leur simulacre,   Trompettes tout haut d'or pâmé sur les vélins, ... [Lire la suite]
27 septembre 2012

Le cygne - François-René Sully Prudhomme

Le cygne   Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes, Le cygne chasse l'onde avec ses larges palmes, Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil A des neiges d'avril qui croulent au soleil ; Mais, ferme et d'un blanc mat, vibrant sous le zéphire, Sa grande aile l'entraîne ainsi qu'un lent navire. Il dresse son beau col au-dessus des roseaux, Le plonge, le promène allongé sur les eaux, Le courbe gracieux comme un profil d'acanthe, Et cache son bec noir dans sa gorge éclatante. Tantôt le long des pins,... [Lire la suite]
26 septembre 2012

Sur la louange de la Paix - Sonnet 7 - Jean Dorat

Sur la louange de la Paix - Sonnet 7   Pour bien contrepoiser d'une juste balance Et la guerre et la Paix, et clerement sçavoir Pour laquelle des deux en son pais avoir, Doibt le plus prier Dieu tout le peuple de France :   Il est bon contempler des Perses la prudence ; Lesquelz ayans perdu de leur Roy le pouvoir, Sans loy, sans magistrat, qui à eulx peut pourvoir, Demeuroient par huict jours souffrans toute insolence :   Afin qu'estant ouverte à liberté la porte, Le peuple ayant congneu de quoy un Roy... [Lire la suite]
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25 septembre 2012

Aucuns ont dit la Théorique - Pernette du Guillet

Aucuns ont dit la Théorique   Aucuns ont dit la Théorique Être devant que la Pratique : Ce que bien nier on pouvait.   Car qui fit l'art, jà la savait, Qui est un point qu'un Sophistique Concéderait tout en dormant :   Quant à moi je dis, pour réplique, Qu'Amour fut premier, que l'Amant.   Pernette du GUILLET (1520-1545) [Rymes XLVI]
24 septembre 2012

À un sot rimeur, qui trop l'importunait d'aimer - Pernette du Guillet

À un sot rimeur, qui trop l'importunait d'aimer   Tu te plains que plus ne rimasse, Bien qu'un temps fut que plus aimasse À étendre vers rimassés, Que d'avoir biens sans rime assez : Mais je vois que qui trop rimoye Sus ses vieux jours enfin larmoye.   Car qui s'amuse à rimacher À la fin n'a rien à mâcher.   Et pource, donc, rime, rimache, Rimone tant et rime hache, Qu'avecques toute ta rimaille N'aies, dont tu sois marri, maille : Et tu verras qu'à ta rimasse Comme moi feras la grimace, Maudissant et... [Lire la suite]

23 septembre 2012

Sacrés murs du Soleil où j'adorai Philis - Théophile de Viau

Sacrés murs du Soleil où j'adorai Philis   Sacrés murs du Soleil où j'adorai Philis, Doux séjour où mon âme était jadis charmée, Qui n'est plus aujourd'hui sous nos toits démolis, Que le sanglant butin d'une orgueilleuse armée,   Ornements de l'autel qui n'êtes que fumée, Grand temple ruiné, mystères abolis, Effroyables objets d'une ville allumée, Palais, homme, chevaux, ensemble ensevelis,   Fossés larges et creux tous comblés de murailles, Spectacles de frayeur, de cris, de funérailles, Fleuve par où le... [Lire la suite]
22 septembre 2012

Obscur vallon, montagne sourcilleuse - Siméon-Guillaume de La Roque

Obscur vallon, montagne sourcilleuse   Obscur vallon, montagne sourcilleuse Qui vers Phœbus tient opposé le dos, Nuit solitaire, hôtesse du repos, Démons voisins de l'onde stygieuse,   Rocher pierreux, et vous caverne hideuse Où les lions et les ours sont enclos, Hiboux, corbeaux, augures d'Atropos, Le seul objet d'une âme malheureuse,   Triste désert du monde abandonné, Je suis esprit à grand tort condamné Aux feux, aux cris d'un Enfer ordinaire,   Et viens à vous pour lamenter mon sort, Fléchir... [Lire la suite]
21 septembre 2012

Marie, vous avez la joue aussi vermeille - Pierre de Ronsard

Marie, vous avez la joue aussi vermeille   Marie, vous avez la joue aussi vermeille Qu'une rose de mai, vous avez les cheveux De couleur de châtaigne, entrefrisés de nœuds, Gentement tortillés tout autour de l'oreille.   Quand vous étiez petite, une mignarde abeille Dans vos lèvres forma son doux miel savoureux, Amour laissa ses traits dans vos yeux rigoureux, Pithon vous fit la voix à nulle autre pareille.   Vous avez les tétins comme deux monts de lait, Qui pommellent ainsi qu'au printemps nouvelet ... [Lire la suite]
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20 septembre 2012

Oisillon bleu - Jean Moréas

Oisillon bleu   Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Dorlotent doucement les cœurs Meurtris par les destins moqueurs.   Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Donnent de nouvelles vigueurs Aux corps minés par les langueurs.   Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants Font revivre les espoirs morts Et terrassent les vieux remords.   Oisillon bleu couleur-du-temps, Je t'ai cherché longtemps, longtemps, Par mont, par val et par ravin En vain, en vain !... [Lire la suite]