24 octobre 2012

Éventail de Mademoiselle Mallarmé - Stéphane Mallarmé

Éventail de Mademoiselle Mallarmé   Ô rêveuse, pour que je plonge Au pur délice sans chemin, Sache, par un subtil mensonge, Garder mon aile dans ta main.   Une fraîcheur de crépuscule Te vient à chaque battement Dont le coup prisonnier recule L'horizon délicatement.   Vertige ! voici que frissonne L'espace comme un grand baiser Qui, fou de naître pour personne, Ne peut jaillir ni s'apaiser.   Sens-tu le paradis farouche Ainsi qu'un rire enseveli Se couler du coin de ta bouche Au fond de... [Lire la suite]

23 octobre 2012

Le clair jardin c'est la santé - Émile Verhaeren

Le clair jardin c'est la santé   Le clair jardin c'est la santé.   Il la prodigue, en sa clarté, Au va-et-vient de ses milliers de mains, De palmes et de feuilles,   Et la bonne ombre, où il accueille, Après de longs chemins, Nos pas, Verse, à nos membres las, Une force vivace et douce Comme ses mousses.   Quand l'étang joue avec le vent et le soleil, Un cœur vermeil Semble habiter au fond de l'eau Et battre, ardent et jeune, avec le flot ; Et les glaïeuls dardés et les roses ferventes, Qui dans... [Lire la suite]
22 octobre 2012

Le soir - Marceline Desbordes-Valmore

Le soir   Seule avec toi dans ce bocage sombre ? Qu'y ferions-nous ? à peine on peut s'y voir. Nous sommes bien ! Peux-tu désirer l'ombre ? Pour se perdre des yeux c'est bien assez du soir ! Auprès de toi j'adore la lumière, Et quand tes doux regards ne brillent plus sur moi, Dès que la nuit a voilé ta chaumière, Je me retrouve, en fermant ma paupière, Seule avec toi.   Sûr d'être aimé, quel vœu te trouble encore ? Si près du mien, que désire ton cœur ? Sans me parler ta tristesse m'implore : Ce qu'on voit... [Lire la suite]
20 octobre 2012

À George Sand (III) - Alfred de Musset

À George Sand (III)   Puisque votre moulin tourne avec tous les vents, Allez, braves humains, où le vent vous entraîne ; Jouez, en bons bouffons, la comédie humaine ; Je vous ai trop connus pour être de vos gens.   Ne croyez pourtant pas qu'en quittant votre scène, Je garde contre vous ni colère ni haine, Vous qui m'avez fait vieux peut-être avant le temps ; Peu d'entre vous sont bons, moins encor sont méchants.   Et nous, vivons à l'ombre, ô ma belle maîtresse ! Faisons-nous des amours qui n'aient pas de... [Lire la suite]
19 octobre 2012

L'empreinte - Anna de Noailles

L'empreinte   Je m'appuierai si bien et si fort à la vie, D'une si rude étreinte et d'un tel serrement, Qu'avant que la douceur du jour me soit ravie Elle s'échauffera de mon enlacement.   La mer, abondamment sur le monde étalée, Gardera, dans la route errante de son eau, Le goût de ma douleur qui est âcre et salée Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.   Je laisserai de moi dans le pli des collines La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir, Et la cigale assise aux branches de l'épine Fera... [Lire la suite]
18 octobre 2012

Dans le jardin taillé ... - Jean Moréas

Dans le jardin taillé ...   Dans le jardin taillé comme une belle dame, Dans ce jardin nous nous aimâmes, sur mon âme ! Ô souvenances, ô regrets de l'heure brève, Souvenances, regrets de l'heur. Ô rêve en rêve   Et triste chant dans la bruine et sur la grève. Chant triste et si lent et qui jamais ne s'achève, Lent et voluptueux, cerf qui de désir brame, Et tremolo banal, aussi, de mélodrame :   C'est la table rustique avec ses nappes blanches Et les coupes de vins de Crète, sous les branches, La table à la... [Lire la suite]

17 octobre 2012

Je tombais de sommeil - Omar Khayyam

Je tombais de sommeil…   Je tombais de sommeil et la sagesse me dit: jamais dans le sommeil la rose du bonheur n'a fleuri pour personne... la saison des roses et du vin et des compagnons ivres ! soit heureux un instant, cet instant c'est ta vie vois, la brise a déchiré la robe de la rose, de la rose dont le rossignol était enamouré ; faut-il pleurer sur elle, faut-il pleurer sur nous la mort viendra nous effeuiller et d'autres roses refleuriront.   Omar KHAYYAM [Les Quatrains – 1924]
16 octobre 2012

Air de biniou - Jules Laforgue

Air de biniou   Non, non, ma pauvre cornemuse, Ta complainte est pas si oiseuse ; Et Tout est bien une méprise, Et l'on peut la trouver mauvaise ;   Et la Nature est une épouse Qui nous carambole d'extases, Et puis, nous occit, peu courtoise, Dès qu'on se permet une pause.   Eh bien ! qu'elle en prenne à son aise, Et que tout fonctionne à sa guise ! Nous, nous entretiendrons les Muses. Les neuf immortelles Glaneuses !   (Oh ! pourrions-nous pas, par nos phrases, Si bien lui retourner les choses, ... [Lire la suite]
10 octobre 2012

La voix du soir - Charles Guérin

La voix du soir   La voix du soir est sainte et forte, Lourde de songe et de parfums, Et son flot d'ombre me rapporte La cendre des espoirs défunts.   J'ai dit à l'amour qu'il s'en aille, Et son pas d'aube, je l'écoute Qui dans la gaieté des sonnailles S'étouffe au tournant de la route.   La douceur de ce soir témoigne De la bonté calme des choses. Je voudrais vivre ! qu'on éloigne Le vin où macèrent des roses,   Qu'on éloigne les mots subtils, Les rythmes triples en tiares, Les stylets stellés... [Lire la suite]
09 octobre 2012

À Trianon - Augusta Holmès

À Trianon   Suivez-moi, Marquise, Parmi les parfums et la brise, Vers le Temple d'Amour Qui nous sourit aux derniers rais du jour, Suivez-moi, Bergère, Parmi la mousse et la fougère,   Et les fleurs s'ouvrant sous vos pas, Diront: " d'Amour, la mère Est plus sévère, Et Flore a moins d'appas ! " Venez sous l'aubépine rose, Moins rose que ta lèvre éclose !   Permettez qu'enfin je repose Mon front tout près de votre cœur ! Votre sein bat plus vite... En vain votre regard m'évite... Ta main si frêle est... [Lire la suite]