05 janvier 2010
Le navire au port - Fernand Gregh
Le
navire au port
Sonore
et blond ainsi qu'une ruche au soleil,
Le
port autour de nous riait au soir vermeil.
Des
calfats amusaient, en se battant, la foule.
Mon
navire roulait doucement à la houle,
Paisible
sous les yeux du maître débarqué,
Et
s'en venait parfois heurter le bord du quai,
Comme
s'il eût gardé de son voyage immense
Un
doux et long roulis qui toujours recommence.
C'était
par un beau soir de juin ardent et las.
Le
port enchevêtrait ses vergues et ses mâts,
Dans
des poussières d'or lumineuses et vagues.
Les
deux môles au loin s'allongeaient dans les vagues,
Comme,
à l'heure où le vent va souffler plus amer
Deux
vastes bras tendus aux passants de la mer.
Et
cent vaisseaux, avec le flux et la marée,
Versant
aux flots leur ombre agrandie et dorée,
Çà
et là sur la mer resplendissante, épars,
Se
hâtaient vers le port ami, de toutes parts.
Fernand
GREGH
04 janvier 2010
À ma mère - Théodore de Banville
À
ma mère
Lorsque
ma sœur et moi, dans les forêts profondes,
Nous
avions déchiré nos pieds sur les cailloux,
En
nous baisant au front, tu nous appelais fous,
Après
avoir maudit nos courses vagabondes.
Puis,
comme un vent d'été confond les fraîches ondes
De
deux petits ruisseaux sur un lit calme et doux,
Lorsque
tu nous tenais tous deux sur tes genoux,
Tu
mêlais en riant nos chevelures blondes.
Et
pendant bien longtemps, nous restions là blottis,
Heureux,
et tu disais parfois : ô chers petits !
Un
jour vous serez grands, et moi je serai vieille !
Les
jours se sont enfuis, d'un vol mystérieux,
Mais
toujours la jeunesse éclatante et vermeille
Fleurit
dans ton sourire et brille dans tes yeux.
Théodore
de BANVILLE
03 janvier 2010
Toujours et Jamais - Paul Vincensini
Toujours
et Jamais
Toujours
et Jamais étaient toujours ensemble, ne se
quittaient
jamais. On les rencontrait dans toutes les
foires.
On les voyait le soir traverser le village sur un
tandem.
Toujours guidait, Jamais pédalait. C'est du
moins
ce qu'on supposait !
Ils
avaient tous les deux une jolie casquette : l'une était
noire
à carreaux blancs, l'autre blanche à carreaux noirs.
A
cela on aurait pu les reconnaître ; mais ils passaient
toujours
le soir et avec la vitesse...
Certains
d'ailleurs les soupçonnaient, non sans raison
peut-être,
d'échanger certains soirs leur casquette. Une
autre
particularité aurait dû les distinguer : l'un disait
toujours
bonjour, l'autre toujours bonsoir.
Mais
on ne sut jamais si c'était Toujours qui disait
bonjour,
ou Jamais qui disait bonsoir, car - entre
nous
- comme ils étaient toujours ensemble, ils ne
s'appelaient
jamais.
Paul
VINCENSINI
02 janvier 2010
Nouvelle année
Nouvelle année
Nouvelle
année, nouvelles résolutions
Prendre un
autre départ vers l'avenir
Ne plus
jamais faire taire les émotions
Les faire éclore
et toujours s'en souvenir.
Garder
tout au fond de soi l'espoir
L'apprivoiser,
le caresser et le garder
Pour ces
jours ou le vide se fait noir
En jouir,
s'en habiller, s'en farder.
Vivre
chaque instant, chaque seconde
Comme si on
devait mourir demain,
Pour cette
vie que le bonheur féconde
Lui apportant
la douceur d'une main.
Faire
que le soleil à jamais brille
En chassant
les idées trop sombre
Pour ne plus
avoir le cœur en vrille
Même quand le
mal étend son ombre.
Ecouter
ce que chante son cœur
En délicieuses
notes en accord
Puisque est là
le vrai bonheur
Si on veut
bien y croire encore.
Dire
les mots que l'on retient parfois
Ceux qui
savent si bien faire vibrer
Et qui
grondent à l'intérieur de soi
Et qui
attendent d'en être délivrés.
Exister
tout simplement au présent
En conjuguant
le joli verbe "aimer"
A l'avenir
ainsi qu'à tous les temps
Sans jamais
plus devoir en douter.
Prendre
tous les cadeaux de la vie
Les petits
bonheurs et les grands
Pour qu'ils
fassent perdurer l'envie
Même au
travers le souffle du vent.
Donner
tout ce que le cœur contient
Sans regret,
toujours avec tendresse,
Quand les mots
murmurent "viens"
En état d'amour,
ce jusqu'à l'ivresse.
01 janvier 2010
1er Janvier - Victor Hugo
1er
janvier
Enfant,
on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait
; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut
fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où
vous étiez petits il était vieux,
Qu'il n'avait
pas de mots bourrus ni d'airs moroses,
Et qu'il vous
a quittés dans la saison des roses ;
Qu'il est
mort, que c'était un bonhomme clément ;
Que, dans
l'hiver fameux du grand bombardement,
Il traversait
Paris tragique et plein d'épées,
Pour vous
porter des tas de jouets, des poupées,
Et des
pantins faisant mille gestes bouffons ;
Et vous serez
pensifs sous les arbres profonds.
1er janvier
1871
Victor
HUGO
31 décembre 2009
Le Soir - Albert Samain
Le
Soir
Le
paysage, où tinte une cloche est plaintif
Et simple
comme un doux tableau de primitif
Où le Bon
Pasteur porte l'agneau blanc sur l'épaule.
Les
astres au ciel noir commencent à neiger,
Et là-bas,
immobile au sommet de la côte,
Rêve la
silhouette antique d'un berger.
Albert
SAMAIN
30 décembre 2009
Noël - Anne-Marie Oudard
Noël
Noël
traîne ses joies, Noël traîne ses peines.
Son
traîneau lourd de froid glisse sur la neige.
Cerfs-volants
de joie, cerfs-volants de peine.
Que
les ballons s'envolent abolissant la haine !
C'est
juste un peu de répit au sein de nos vies,
Pourtant
quelque part ma prière sera vaine.
Une
étoile filante, une larme brillante,
Que
la nuit soit clémente à l'enfance innocente !
Je
ne veux ni boire, ni manger,
Je
veux seulement aimer.
Anne-Marie OUDARD
29 décembre 2009
Trois anges sont venus ce soir - Augusta Holmès
Trois
anges sont venus ce soir
Trois
anges sont venus ce soir
M'apporter
de bien belles choses
L'un
d'eux avait un encensoir
L'autre
avait un chapeau de roses
Et
le troisième avait en mains
Une
robe toute fleurie
De
perles d'or et de jasmin
Comme
en a Madame Marie
Noël, Noël,
nous venons du ciel
T'apporter
ce que tu désires
Car
le Bon Dieu au fond du ciel bleu
Est
chagrin lorsque tu soupires
Veux-tu
le bel encensoir d'or
Ou
la rose éclose en couronne
Veux-tu
la robe ou bien encore
Un
collier où l'argent fleuronne
Veux-tu
des fruits du Paradis
Ou
du blé des célestes granges
Où
comme les bergers jadis
Veux-tu
voir Jésus dans ses langes
Noël,
Noël, retournez au ciel
Mes
beaux anges à l'instant même
Dans
le ciel bleu, demandez à Dieu
Le
bonheur pour celui que j'aime.
Augusta
HOLMÈS
28 décembre 2009
C'est Noël tous les jours - Odette Vercruyse
C'est
Noël tous les jours
C'est
Noël chaque fois qu'on essuie une larme dans les yeux d'un enfant
C'est
Noël chaque fois qu'on dépose les armes et chaque fois qu'on s'entend
C'est
Noël chaque fois qu'on arrête une guerre et qu'on ouvre les mains
C'est
Noël chaque fois qu'on force la misère à reculer plus loin
C'est
Noël sur la terre chaque jour
Car
Noël, mon frère, c'est l'Amour
C'est
Noël quand nos cœurs oubliant les offenses sont vraiment fraternels
C'est
Noël quand enfin se lève l'espérance d'un amour plus réel
C'est
Noël quand soudain se taisent les mensonges faisant place au bonheur
C'est
Noël dans les yeux du pauvre qu'on visite sur son lit d'hôpital
C'est
Noël dans le cœur de tous ceux qu'on invite pour un bonheur normal
C'est
Noël dans les mains de celui qui partage aujourd'hui notre pain
C'est
Noël quand le gueux oublie tous les outrages et ne sent plus sa faim
C'est
Noël sur la terre chaque jour
Car Noël, mon frère, c'est l'Amour
Odette VERCRUYSE
27 décembre 2009
Les Présents de l’hiver - Félix Leclerc
Les
Présents de l’hiver
Décembre,
les
mois de bourrasques, apportant le père Noël et son sac plein de jouets,
de
surprises, de rubans et de souhaits ;
apportant
aussi le père Hiver et son sac plein de maladies,
de rafales, de froidures et de tristesses !
Félix
LECLERC
[Adagio]