Toujours la tyrannie a d’heureuses prémices.
RACINE

Ce qui les faisaient vivre, c’était l’amour de la vie.
Gustave FLAUBERT
Un des côtés magiques de la vie tient certainement aux rencontres inattendues, émouvantes et spontanées. Comme un clin d’œil, un fil rouge qui vous nourrit d’une sève vitale : celle qui nous fait tenir.
Là encore, le destin, la fatalité, le hasard ont réussi un coup gagnant. Il serait fort ingrat de ne pas reconnaître « ma chance » inestimable de savoir pouvoir compter – et cela tout au long de ma vie - sur des soutiens amicaux solides, réchauffants et rassérénants

Mais une indicible tristesse m’envahit, comme ma naturelle réactivité au cycle des saisons.
Plus la saison est triste, plus elle est en rapport avec moi : le temps des frimas, en rendant les communications moins faciles, isole les habitants des campagnes : on se sent mieux à l’abri des hommes.
Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées.

On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux.
Antoine de SAINT-EXUPERY

Il faut avoir de la déférence pour le bonheur.
Lucien GUITRY

Écrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une œuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe.
La poésie - j'entends par cet idiome l'ensemble des créations écrites - est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l'âme. Un poème est un tableau, une danse, une musique et l'écriture de la beauté tout à la fois.
La lumière qui se dégage des choses, il faut la fixer dans les mots avant qu'elle ne soit éteinte dans l'esprit.
Voilà une part de mon univers qui - je crois - évoque avec justesse ma quête existentielle ...


Que dire de cette aventure rédactionnelle située entre la chronique-éphéméride, la diatribe-pamphlétaire, le libelle-people, de plus rédigée à six mains (eh, oui, les filles, nous sommes toutes les trois ambidextres, en tout cas dans nos têtes !). Projet enthousiasmant, presque jouissif, teinté d’un sentiment d’appartenance, de solidarité, de cohérence… Et peut-être également la recherche d’une vocation d’édition ultérieure…
L’amour, comme toute la vie, n’est que travail. Tout ce qui apparaît de spontané doit, pour prendre forme et s’épanouir, être soutenu par la conscience et prolongé par la volonté.
Pierre DRIEU LA ROCHELLE
Journal d’un homme trompé
Difficile retour dans le monde des vivants, petits consommateurs, grands pleutres, telle une douche glacée, on m’annonce qu’il vaut mieux ne pas opérer et donc subir les féroces avanies d’un énième traitement hormonal. En route pour ce délicieux voyage !

Des raisons d’optimisme ? Elles sont avant tout d’ordre vital : la vie rend mille à qui lui donne cent ; elle enlève mille à qui lui refuse cent. Malheur aux incertains et aux parcimonieux ! On périt par défaut bien plus que par excès. La vie est toute action ; l’inertie est la mort.
SAINT-JOHN PERSE

En effet, mon trio structurant gravite autour de trois passions : les livres, le sport et la musique. Baignée dès la plus tendre enfance, et ce dès le ventre de ma chère Maman, dans l’univers envoûtant des Nocturnes de Chopin (celui en ré bémol majeur, …), de L’Art de la Fugue ou du Clavier bien tempéré de Bach, de la virtuosité mozartienne (le chef-d’œuvre de La Grande messe en ut mineur, …), des prouesses harmoniques de Beethoven (Concerto pour piano et orchestre n°5 « L’Empereur » en mi bémol majeur, …), de Liszt (Sonate en si mineur, …) et de Berlioz (La Symphonie fantastique, …), du monde enchanteur de l’opéra où puissance, dynamique et lyrisme aboutissent grâce au degré de perfection et d’intensité de « La Voix » à une fusion souveraine de l’art du chant et de celui du jeu d’acteur (Norma de Bellini, Lucia di Lammermoor de Donizetti, Madame Butterfly de Puccini, Faust de Gounod, Alceste de Gluck, Lakmé de Delibes, La Traviata de Verdi, Samson et Dalila de Saint-Saëns, Le Cid de Massenet, …), j’éprouve un plaisir viscéral de leur audition, compréhension et personnalisation ! La musique dite « classique » me donne une force vitale pour affronter les vicissitudes et petites surprises (pas vraiment drôles en ce moment) de la vie. Mais je tiens à ajouter la place intégrante et formatrice du jazz, des musiques du monde (« son » cubain, « fado » portugais, « tango » argentin, …), du délice de la rencontre d’un texte et d’une mélodie dans les grandes chansons françaises et aussi de l’adhésion au son et au rythme de la pop anglaise. Merveille de la technique qui me permet de me vautrer frénétiquement, assidûment et presque orgiaquement dans ma « voie lactée » musicale.

Un mot s’impose à moi avec force, évidence et raison : celui de légèreté.
Donc, une journée comme je les apprécie avec un petit florilège des citations de ma bliblio personnelle au sujet de ce vocable plus « sérieux » qu’on est parfois tenté de le croire !
La légèreté est nécessaire, sinon le tragique serait mortel.
Yasmina REZA
Une certaine légèreté demande plus d’efforts que la pesanteur, les leçons de morale, la gravité, l’ennui qui s’en dégage. Mais elle est liée aussi à une certaine grâce, au charme, au plaisir.
Jean d’ORMESSON
Là où la légèreté nous est donnée, la gravité ne manque pas.
Maurice BLANCHOT
Une force moyenne s’exprime par la violence, une force suprême s’exprime par la légèreté.
Gilbert KEITH CHESTERTON
Une fois le désir comblé, une sorte de légèreté vous envahit. Cette légèreté, c’est peut-être ça, l’âme heureuse.
André MAJOR
L’humour est une disposition d’esprit qui fait qu’on exprime avec gravité des choses frivoles et avec légèreté des choses sérieuses.
Alfred CAPUS
Ma méthode est de prendre le plus de soucis possible pour trouver la chose qu’il faut dire, et ensuite de la dire avec une légèreté extrême.
Bernard SHAW
Le souvenir des bienfaits reçus est fragile, comparé à l’ingratitude.
Léonard de VINCI
En serait-il des sentiments du cœur comme des bienfaits ? Quand on n’espère plus pouvoir les payer, on tombe dans l’ingratitude.
CHAMFORT
Maximes et Pensées
Ne payez pas d’ingratitude le bien que l’on vous fait.
Proverbe oriental
La suprême bassesse de la flatterie, c’est d’encourager l’ingratitude.
Victor HUGO
Extrait du poème Océan prose
L’ingratitude attire les reproches, comme la reconnaissance attire de nouveaux bienfaits.
Madame de SÉVIGNÉ
Lettres
Je puis tout pardonner aux hommes, excepté l’injustice, l’ingratitude et l’inhumanité.
Denis DIDEROT
La Religieuse
L’ingratitude ne décourage pas la bienfaisance ; mais elle sert de prétexte à l’égoïsme.
Duc de LÉVIS, Maréchal de France
Maximes et Réflexions
Il n’y a qu’un seul vice dont on ne voie personne se vanter, c’est l’ingratitude.
Gérard de NERVAL
Fragments

Le bien a pour tombeau l’ingratitude humaine.
Alfred de MUSSET

Il y a trois sortes d’ingrats : ceux qui oublient le bienfait, ceux qui le font payer, et ceux qui s’en vengent.
Santiago RAMON Y CAJAL
Pensées
Il aura fait peu de bien dans sa vie celui qui n’aura rien su de l’ingratitude.
Jacinto BENAVENTE
Ne jette pas de pierre dans la source où tu t’es désaltéré.
TALMUD
[…] Des amis courageux et zélés, en a-t-on quand on n’a plus rien, qu’on ne fait plus de figure dans le monde, et que toute la considération qu’on y peut espérer est pour ainsi dire à la merci du bon ou du mauvais cœur de gens à qui l’on a tout donné, et dont la reconnaissance ou l’ingratitude sont désormais les arbitres de votre sort ?
Pierre de Chamblain de MARIVAUX
La Vie de Marianne
Là, tout n’est qu’ordre et beauté
Luxe, calme et volupté.
Charles BAUDELAIRE
Les Fleurs du mal
L’invitation au voyage

La République est toujours en danger

La politique, telle qu’elle est pratiquée en France, est décidément bien étrange. Elle compte un grand nombre d’hommes et de femmes de qualité, dévoués à la chose publique, instruits par de brillantes études dans les meilleures écoles et universités, là où on apprend à étayer son raisonnement, et, chaque fois qu’un débat d’importance est lancé, exigeant clairvoyance et hauteur de vue, elle tombe dans les préjugés et devient inintelligente. Exemple : l’insécurité.
Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, continue de travailler sur un projet de loi dont l’attirail juridique devrait permettre de lutter avec davantage d’efficacité contre la délinquance. Il a été nommé à ce poste pour accomplir cette mission extrêmement compliquée comme, avant lui, tous ses prédécesseurs qui, à en croire les premiers intéressés, c’est-à-dire les Français, ont globalement échoué. C’était – on se doit de s’en souvenir – l’enseignement de la dernière présidentielle et l’explication, entre autres, de l’effrayant score de Jean-Marie Le Pen.
Ne pas agir, après un tel coup de semonce électorale, serait une faute. On ne peut à la fois verser toutes les larmes de son corps sur la montée inquiétante de l’extrême droite et ne rien faire pour la contrer. La lutte contre l’insécurité est l’une des manières de renvoyer Le Pen dans une marginalité dont il n’aurait jamais dû sortir. Il y a urgence et devoir à prendre des mesures. Sarkozy s’y emploie. Et on lui colle immédiatement sur le dos des étiquettes infamantes, l’accusant de vouloir établir en France un Etat policier.
Le projet Sarkozy, pour ce qu’on en connaît, est peut-être amendable, voire critiquable. Mais ce ministre de l’Intérieur, au moins, avance et propose. Qu’on discute alors de ce qu’il entend faire au lieu de l’épingler d’entrée sans prendre le soin élémentaire de réfléchir à ses solutions ou à celles qu’il faudrait avancer. Ce serait là le fonctionnement normal d’une démocratie vivante. Elle est, en France, ankylosée. À entendre les belles âmes déchaînées contre ce projet – attentatoire, disent-elles, à nos libertés -, la République serait en danger. Elle l’est effectivement. Mais pas à cause de Sarkozy.
La République est en danger parce qu’il y a quelques mois un authentique néofasciste, indigne d’un pays de grande culture comme la France, est arrivé au second tour de la présidentielle et menace, si rien n’est fait, de pervertir d’autres scrutins. La République est en danger parce qu’une forte proportion de Français, parmi les plus défavorisés, vivent dans une insécurité grandissante dont la conséquence à terme est de briser le contrat qui les unit à la société. La République est en danger parce que, depuis des années, la classe politique mais aussi les parents et les citoyens, tous en charge de la défendre, ont baissé la garde et abdiqué leur autorité, abandonnant les banlieues et les quartiers à haut risque dans des jachères de non-droit, laissant les proxénètes exercer leur commerce, ignorant les drames des immigrés clandestins embrigadés dans des filières esclavagistes. On pourrait également parler des dealers et des réseaux organisés du commerce de la drogue,…
La République est, toujours, en danger… et les politiques continuent à se chamailler. Ils devraient lire et apprendre par cœur ce petit texte qui parle des jeunes et, au-delà, de tous les individus qui composent une société : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement, les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux, l’autorité de rien et de personne, alors c’est là, en toute liberté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie. »
Ces lignes, si actuelles, ont été écrites par un très ancien philosophe : Platon (env. 427-348 avant J-C).

Bien des choses échappent à la raison, et celui qui, pour comprendre la vie, y applique seulement la raison, est semblable à quelqu’un qui prétendrait saisir une flamme avec des pincettes.
André GIDE
Les Faux-monnayeurs

Il est des moments comme habités par la grâce, nimbés de quiétude, envahis de sérénité, comme un état extatique, magique, unique … Tout pourrait s’envoler puisqu’on a pu savourer, goûter, s’immerger dans ces instants de délices où le temps paraît avoir suspendu son vol … Impression à la fois ténue et ancrée, sensation aussi fugace que profonde, émotion autant en retenue qu’en expressivité, le dîner de mercredi soir qui courut sur une partie de la nuit – environ cinq heures du matin – appartient à ces parcelles de bonheur que l’on vole au fastidieux et tumultueux quotidien de nos vies.
C’est peut-être cela le « suc de la vie », cette indéfinissable sève, cette doucereuse voie intérieure, qui nous permettent de continuer les jours d’orage et de tangage …
En référence à un auteur haut placé dans mon panthéon personnel – RABELAIS – avec la fantaisie qui est la marque de son génie, il nous invite dans le Prologue de son Gargantua, à aller jusqu’au fond de son œuvre, et, comme il le dit si joliment, à « rompre l’os et sucer la substantifique moelle ». J’avoue avoir réussi à sucer le nectar de cette merveilleuse soirée !
La magie de notre synergie fonctionnelle a encore opéré : elle nous comble de félicité. Nos rencontres fusionnelles trouvent plusieurs champs d’action : la jouissance intellectuelle agrémentée de confrontation, d’échange et d’osmose, le culte d’aimer recevoir et de partir à la découverte de fibres humaines et la profonde attirance physique qui nous envoûte depuis le début et qui engendre des moments de plénitude absolus …

RABELAIS » qui préconisait :
« Mieux est ris que de larmes écrire
Pour ce que rire est le propre de l’homme.»,

Voilà le résultat poétique de mes pérégrinations nocturnes.

Passer sur l’autre rive
Lorsque j’aurai fini ma route
Au dernier train de mon dernier adieu
Je voudrais bien pouvoir partir heureux
Quitter enfin mes nuits de doutes

Il me faudra pousser la porte
Et embarquer sans espoir de retour
Pour le pays de l’éternel séjour
Sans défile et sans escorte

Bien que n’ayant aucun bagage
J’emporterai les mille et une fleurs
Que j’ai cueillies au détour du bonheur
Chez tous mes amis de passage

Le souvenir des jours de peine
S’effacera dans le dernier matin
Et je n’aurai dans le creux de mes mains
Que le regard de ceux que j’aime

Et si je n’ai vécu ma vie
Que pour aimer d’un impossible amour
Que pour rêver qu’il rime avec toujours
Je sourirai de ma folie

Et si c’était une naissance
Une autre terre et un autre soleil
Et si c’était comme un nouveau soleil
Une éternelle renaissance

Le chapardage du VTT d’Emma me donne envie de vous livrer quelques lignes que j’avais écrites au moment de l’ignominieuse agression de Bertrand Delanoë.

Tous égaux face à la violence …

Il faudrait n’en rien déduire. L’homme qui a blessé d’un coup de couteau au ventre le maire de Paris étant un déséquilibré, son geste n’aurait donc aucun sens. Ni celui commis par cet autre déséquilibré qui a tiré sur le président de la République le 14 juillet. Ni cette fusillade, le 27 mars 2002 à Nanterre, où huit conseillers municipaux ont trouvé la mort, mitraillés, là encore, par un déséquilibré. Pourquoi faudrait-il n’en rien déduire ?
Relativiser ces trois actes sous le seul prétexte qu’ils aient été accomplis par trois hommes forcément déséquilibrés – un individu doué de raison ne tire pas sur ses concitoyens ni ne les poignarde – est une manière dangereuse et aveugle de se rassurer. Ce n’est pas l’état mental des agresseurs qui constitue le point commun entre ces actes mais leur cible : des élus. Ils sont, de part leur mandat, le mobile du crime.
La violence rattrape donc les politiques. Il y a là une effrayante cohérence. La société française étant victime d’une insécurité grandissante, que la chronique des faits divers de ces derniers jours illustre, de Dunkerque à Vitry-sur-Seine ou Valenciennes, d’une façon affolante, il est – pardon du mot – « normal » que les politiques la subissent. En seraient-ils épargnés qu’il faudrait leur faire reproche de mal accomplir leur mission, de trop se protéger dans des bureaux sans fenêtres, coupés du monde et des gens.
Les hommes politiques, et c’est le cas particulièrement des maires, sont proches de leurs électeurs, vivent parmi eux pour bien les connaître. Cette proximité est peut-être l’instrument de mesure qui permet de calculer le degré d’authenticité d’une démocratie. Plus les élus sont proches de leurs électeurs, plus cette démocratie est réelle et vivante. L’éloignement des gens de pouvoir étant le fait des dictatures. Dès lors, dès que la société se fait violente, les élus, parce qu’ils sont en charge, exposés, visibles, prenant le risque de déplaire, sont naturellement en première ligne. Leur courage est à saluer. L’épreuve que traverse aujourd’hui Bertrand Delanoë, comme avant lui Philippe Douste-Blazy, blessé en 1997 par un coup de couteau, est partagée par d’autres hommes et d’autres femmes agressés dans leur cité ou sur les trottoirs.
Il n’y a pas de victimes plus ou moins importantes selon leur position sociale ou leur statut. Elles sont toutes égales.
Quand un élu est frappé, il s’agit certes d’un symbole fort qui témoigne de l’état de dégradation d’une société où ceux qui sont en charge de la représenter et de la conduire attirent sur eux la haine. Mais si cette violence « extra-ordinaire » atteint les sommets du pouvoir, qu’il soit municipal ou présidentiel, cela signifie qu’en dessous, tout en dessous, dans les couches que l’on dit populaires, les gens, et parmi eux les plus démunis, sont confrontés plus brutalement encore à cette autre violence que la banalisation des choses habituelles qualifie scandaleusement « d’ordinaire ». La violence n’a pas de qualificatif. Elle est la même pour tous. En la subissant à leur tour, les élus vont jusqu’au bout de leur mission : vivre ce que vivent les électeurs. Jusque dans leur chair !


Tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort.
Friedrich NIETZSCHE
Une vie est une œuvre d’art. Il n’y a pas de plus beau poème que de vivre pleinement. Échouer même est enviable, pour avoir tenté.
Georges CLEMENCEAU


Histoire d’un jour où le soleil joua avec les nuages, comme certaines de mes nuits sans lune, un jour où le fastidieux l’emporta sur l’aisance.
Pourtant une suavité envahissante avait habité ma nuit de lundi à mardi : lecture avide, écriture planante, expédition des affaires courantes, mêlées au rythme doux d’une sonate de Gabriel Fauré et de quelques instants de rêverie fantasmagorique … Contraste saisissant avec le retour en fanfare – sortez tambours, sortez trompettes – de la réalité de « ma vraie vie » ! Cauchemard ! Encore cette confrontation à l’autre par le média de l’invective verbale, de l’agressivité gestuelle, de la violence physique. Étrange poursuite de mon être par des attaques, agressions, traumatismes, depuis déjà de nombreuses années ! Pourquoi ? Pourquoi, encore est-ce sur moi que cela tombe ? Pourquoi tant de fois ? Nécessité il y a de se demander si mon attitude personnelle, mon comportement corporel, mon regard, n’engendrent-ils pas les débordements belliqueux dont je fais l’assaut ? Sujet épineux qu’il faut que je continue à travailler dans mon cheminement intérieur … Y-a-t-il une réponse ? Certaines personnes – proches ou du monde médical – sont persuadées que cela est à mettre en parallèle avec « la soi-disant séduction », « le sex-appeal », « ce quelque chose » que j’exerce sur certains êtres – hommes ou femmes [principalement des hommes, d’ailleurs]. Ce serait le revers de la médaille…
Mais pourquoi devrais-je subir – dans mon corps et dans mon âme - tant de haine, de brutalités, de violations intimes, comme un équivalent des merveilleuses bouffées d’amour que j’ai pu recevoir, que je reçois encore ? Est-ce que mon don d’attention, de respect et d’amour pour les autres est encore trop limité ? Pourtant, la passion des autres est mon moteur, ma quête personnelle, mon miel de rosée, elle n’est pas feinte ; je la veux forte, affirmée, essentielle … Alors, pourquoi ? Je vais continuer à chercher, et peut-être que je trouverai une clef pour m’éviter ses blessures érodantes …

La couleur : le conditionnement du groupe social, « des goûts et des couleurs, on ne discute pas », dit l’adage. Et, de fait, si la couleur comme phénomène optique, chimique, physique et physiologique a intégré les savants depuis l’Antiquité, l’histoire comme l’histoire de l’art, sont restées étonnamment muettes sur la couleur en tant que phénomène de société, au risque de se méprendre sur certaines interprétations du passé. Ce qui n’a pas empêché une abondante littérature ésotérique, pseudo-scientifique, de raconter tout et n’importe quoi sur la ”symbolique des couleurs”, comme s’il n’y en avait qu’une seule ! Bien que tous les humains voient exactement les mêmes couleurs, grâce aux cônes et aux bâtonnets de la rétine, leur perception dépend en effet étroitement de ce que le groupe social valorise. Les couleurs passent par le regard des autres. L’histoire du bleu en témoigne.
ARISTOTE, dans ses Météorologiques, ne mentionne même pas le bleu comme couleur de l’arc-en-ciel. Il ne le ”voit” pas, parce qu’à son époque le bleu ne présente aucun intérêt. Et il en sera ainsi jusqu’au XIIIe siècle !
Les premières études psychologiques des phénomènes colorés sont dues à GOETHE, violemment hostile à la théorie de NEWTON sur la décomposition du spectre. L’écrivain allemand publie son Traité des couleurs, faisant une large place à la perception réelle de l’œil en fonction de la clarté ou de l’obscurité. Sans ambition scientifique, cette réflexion ouvrit la porte à un autre regard, plus sensible et plus humanisé sur un phénomène dont la science n’explique que les mécanismes, jamais les effets.
Actuellement la physique de la couleur n’a plus de secret pour les savants qui la modélisent en mathématiques et la reconstituent en numérique. Son étude sociologique fait les délices de laboratoires des pays industrialisés qui cogitent sur les rapports entre couleurs et forme, sur les préférences présumées des consommateurs. Des bureaux d’études, comme celui de la Néerlandaise Li Edelkoort, installée à Paris, cherchent à anticiper les ”tendances” – à court terme – en matière d’automobiles, de mode vestimentaire, de cosmétiques. Des applications médicales sont même apparues, comme la chromothérapie, qui prétend guérir les brûlures par la projection de lumières colorées, ce qui laisse perplexe l’Académie. Mais l’étude anthropologique des couleurs, de leurs rapports avec les hommes et les cultures, est une discipline qui commence à pine à émerger.
Citons des ethnologues, comme Serge TORNAY, du Musée de l’homme, qui a travaillé sur les mots pour nommer la couleur, en Afrique notamment où les critères (couleur sèche ou humide, douce ou rugueuse, gaie ou triste) ne tiennent quasiment aucun compte de la teinte elle-même. Ou des historiens de l’art comme l’Anglais John GAGE, qui ont étudié les rapports de la couleur avec l’histoire de l’art et des sciences. Plus récemment, la linguiste Annie MOLLARD-DESFOUR a entrepris de publier, aux Editions du CNRS, où elle effectue ses recherches, un Dictionnaire des mots et expressions de couleur du XXe siècle. À travers les trouvailles savoureuses du vocabulaire, transparaissent la valorisation ou la dépréciation d’une couleur, ses ambiguïtés et ses tabous.

Pour Michel PASTOUREAU dans Le Dictionnaire des couleurs de notre temps, on assiste à « revalorisation générale de la couleur dans tous les domaines de la vie sociale, de l’imaginaire et de la sensibilité ». Mais dans le passé, il y en a eu de bien plus chatoyantes. Le Moyen Age n’hésitait pas à marier le vert et le rouge, deux couleurs dont l’opposition nous paraît aujourd’hui très violente. Elles étaient alors perçues comme très proche et leur rapprochement ne choquait personne. Notre époque et notre culture font, apparemment un usage immodéré de la couleur. L’industrie et la publicité ont fait triompher l’image en couleurs – photographie, cinéma – où la polychromie est même devenue moins onéreuse que le noir et blanc.
PASTOUREAU constate que le début du XXIe siècle est bien moins coloré que les années 70 [décoration, sanitaires, automobiles]. Quand l’industrie automobile a rendu possibles toutes les fantaisies, on a eu un retour à la gamme des teintes désaturées, des blancs puis des gris. Quant au noir, il est aujourd’hui plus cher !
La couleur n’est pas un phénomène biologique : tous les humains voient les mêmes couleurs. C’est un phénomène social qu’il convient d’observer dans la longue durée. Il faut aussi considérer que les goûts et les modes suivent un mouvement de balancier, fait de réactions et de contre-réactions.
Nous réagissons aujourd’hui contre la débauche de couleur de la seconde moitié du XXe siècle, qui a brisé un certain nombre de tabous, et qui constituait elle-même une réaction contre l’austérité ”morale” du XIXe siècle, contre la ”chromophobie”, toute protestante, des grands patrons d’industrie. Ils regardaient la couleur comme ”déshonnête” et avaient crée un univers de téléphones noirs, de disques vinyle noirs, de stylos noirs, de voitures noires, d’appareils photo noirs et d’électroménager blanc.
Les couleurs se choisissent par ”soustraction”. L’autre phénomène qui joue, c’est que trop de couleur tue la couleur. Au Moyen Age, on réalisait de merveilleuses enluminures que l’on gardait dans des livres tenus fermés. Ce sens sacré de la couleur a évidemment disparu. La couleur s’est galvaudée. Aujourd’hui où l’industrie est capable de produire toutes les nuances dans le textile, le fin du fin dans les classes sociales aisées, c’est de se vêtir de couleurs ”retenues” et unies, dans la gamme des ”non-couleurs” que sont le blanc, le noir, le gris, le brun et le bleu.
La longue durée nous enseigne sur l’évolution des goûts dans notre culture. L’Antiquité a beaucoup valorisé la couleur. Teindre et peindre coûtaient cher ; la couleur était donc réservée aux rituels, aux fêtes, à la religion, à l’aristocratie. À cette époque, et jusqu’au Haut Moyen Age, le noir et le blanc étaient des couleurs. Avec le rouge, ils formaient un système ternaire de base, qui a longtemps survécu et que l’on retrouvera dans un certain nombre de contes et légendes (Le Petit Chaperon rouge : le loup noir, le beurre blanc, la fillette rouge). Le jaune était une sorte de ”sous-blanc”, et le vert, un ”sous-noir”. Quant au bleu, il n’existait pas. Chez les Romains, il avait une image très péjorative liée au deuil. Le bleu n’était même pas nommé en latin et, dans la liturgie mise en place par l’Eglise, il n’a pas sa place.
Entre les XIIe et XIIIe siècles, tout change. Au moment où les teinturiers commencent à savoir produire un beau bleu profond et saturé, cette teinte connaît une progression fulgurante. Pourquoi ? Quoi qu’il en soit, l’histoire de l’art, le costume, la symbolique, tout témoigne de cette montée en puissance du bleu. Ainsi les armoiries qui naissent au XIIe siècle ne comportent que 5 % de bleu à l’origine. En 1400, elles sont bleues à 30 %. Très vite, le bleu devient la couleur mariale et couleur royale, au détriment du rouge. Saint-Louis est le premier roi à s’habiller de bleu. Et la société toute entière suit.
Aujourd’hui, toutes les enquêtes d’opinion effectuées dans les pays européens et aux Etat-Unis montrent que le BLEU est la couleur préférée de 50 % de la population, suivie à 20 % par le vert. Le jaune et le rouge se situent chacun autour de 8 à 10 %. Cette unanimité prouve que le goût du bleu est encore un choix par soustraction, que cette couleur consensuelle, pacifique, est celle qui déplait le moins. Les drapeaux de l’ONU, de l’UNESCO, de l’Union européenne sont tous sur fond bleu.
Nous vivons dans un univers de codes qui sont tous des codes occidentaux et que nous avons imposé au reste du monde. La suprématie européenne n’est pas près d’être remise en cause. C’est le cas des drapeaux, ces à-plats de couleurs qui viennent de l’héraldique. Ils sont très éloignés des codes emblématiques asiatiques (où seule la forme comptait), ou africains (en 3 dimensions). Et pourtant chaque nouveau pays qui accède à l’indépendance s’empresse de s’inventer un drapeau !
La planète toute entière fonctionne sur nos six ”couleurs” fondamentales : noir, blanc, rouge, bleu, vert, jaune. C’est aussi le cas du Code de la route, né du Code maritime. Le bleu, le vert, c’est la permission, le rouge, c’est l’interdiction, le jaune, un signal occasionnel, le noir sur le blanc, un mode d’écriture lisible et officiel. C’est aussi souvent le cas dans le sport !
Ces codes évoluent, mais très lentement. Le vert : ce n’est que depuis peu qu’il symbolise la nature, donc l’écologie, donc la santé !
La seule couleur qui pourrait gagner un peu de terrain dans le monde, c’est le jaune. Il a encore un potentiel devant lui.
La seule culture qui pourrait avoir le pouvoir de modifier ce code chromatique planétaire est celle des Japonais. Ils ont la puissance industrielle et économique, mais surtout l’art de digérer les codes et les pratiques occidentales pour les japoniser. Ils arrivent à faire passer, dans des produits destinés à l’exportation, un certain nombre de valeurs et de sensibilités propres à leur culture. Ainsi, l’articulation mat-brillant, qui, chez eux, est bien plus importante que la notion de couleurs est arrivée chez nous à travers le papier photo.
L’islam a fait de longue date, du bleu, le symbole du christianisme…
Vaste sujet, ce sera pour une prochaine fois …

Il n’y a rien que les hommes aiment mieux à conserver et qu’ils ménagent moins que leur propre vie.
LA BRUYÈRE


Cela doit tenir à une tendance masochiste… Je ne peux qu’amèrement constater la véracité de cette citation de La Bruyère. Elle fait résonner en nous une volonté de dénégation tout en acceptant lucidement et « penaudement » sa triste réalité… En effet, elle touche au cœur l’essence de nos existences particulières : c’est un fait pour Véronique et ses pratiques mortifères, également pour Sylvie avec sa quête d’abnégation sans limites, aussi pour Emma qui peut bafouer son corps avec rudesse et que dire de moi…
Celle qui ose en toute conscience refuser des choix de vie qui correspondraient mieux à ses soucis de santé, celle pour qui tout est un challenge (peut-être même la douleur, cela devient grotesque !), celle qui ne se satisfait jamais d’un acquis (il faut toujours aller plus loin, plus haut, plus vite) – sa vie est une perpétuelle compétition -, celle pour qui modération rime avec renoncement, manque de passion et pusillanimité, celle pour qui trop souvent sa destinée confine au sacrifice, celle qui n’hésite jamais à s’infliger des mortifications pour ce qu’elle considère être des non-aboutissements, des manquements humains, le fait « de ne pas être à la hauteur », surtout dans l’attention à l’autre. Cette attitude porte en elle des excès de comportement qui aboutissent à ne pas « ménager sa propre vie ». Bref portrait d’un thème récurrent et passionnant qui nécessitera de nouvelles incursions !!!!


Vous l’avez certainement constaté, je « trimballe » quelques caractéristiques peu flatteuses pour un certain nombre de personnes appartenant au camp du « progrès »
[Terme qui nécessitera également de plus ample discussion, car pour moi cette expression est copieusement galvaudée et de plus elle ne se situe souvent pas du côté « qu’elle croit être » (c’est identique à la formule « sexe fort », qui justement n’est pas celui que l’histoire, la pensée collective et la croyance populaire véhiculent depuis des lustres !)].
En tout cas j’affiche haut et fort mon appartenance au gaullisme – ie à la droite non-libérale et de ce fait mon opposition au socialisme -, au catholicisme et à un système de valeurs : respect, travail, mérite, tolérance, devoir, honneur…
C’est ce que je suis, je l’affirme, je peux même en être fier, jamais je ne veux cacher ce qui a participé et qui participe à ma construction – mon éducation familiale, ma formation intellectuelle, mon enseignement politique, mon cheminement spirituel, ma rencontre aux autres, ma découverte de mondes différents… Là encore, nous y reviendrons !

Ce soir, j’ai envie de vous embarquer dans un de mes univers de prédilection : l’histoire des religions. Mes études estudiantines et sorbonnardes ont largement participé à un approfondissement – jamais abouti – de mes connaissances en ce vaste domaine. Je me permets donc de vous livrer ici quelques réflexions – décousues, générales et très personnelles - qui font – je ne vous le cache pas – l’objet d’un ouvrage que j’espère voir publier prochainement !

Il en est des années comme des livres sibyllins : plus on en consume, plus elles deviennent précieuses.
GOETHE

RELIGION ET BANLIEUES

La rue peut être un lieu de socialisation. Le jeu est une activité sérieuse et structurante pour un gamin. La rue peut être lieu de tentations et de dangers, mais elle est aussi lieu d’apprentissage de la solidarité, de la réconciliation et de l’amitié.
Dans les  banlieues, l’Eglise catholique n’est plus en situation de monopole. Il lui faut consentir à la rencontre, au dialogue, à la différence, et faire notre deuil d’une suprématie catholique.
Vouloir le dialogue entre les religions c’est une épreuve de vérité nécessaire. Que deviendrait notre foi au christ si nous n’osions pas la risquer sur le terrain des autres pour en témoigner et la proposer ? Vivre sa foi parmi les autres, c’est en garantir l’authenticité. C’est une source de dynamisme missionnaire et une belle occasion d’approfondir sa foi au Christ.
Des régressions claniques morcellent les quartiers. Dans les banlieues comme ailleurs dans le monde, il est difficile de percevoir qu’avec nos différences, nous avons un destin commun à construire ensemble. L’une des missions essentielles de l’Eglise demeure d’ouvrir des brèches dans ces murs, de « servir l’unité du genre humain » comme a dit le Concile de Vatican II.
Les chrétiens ont pour tâche de créer des liens, de susciter des rencontres, d’ouvrir des médiations.
L’intégration, terme à double entrée, concerne tout le monde, pas seulement les personnes d’origine immigrée : faire effort pour s’intégrer, mais aussi vouloir laisser à l’autre la possibilité de prendre sa place. Sinon, ce sera l’affrontement. L’intégration requiert une médiation où les uns et les autres acceptent de se laisser changer pour s’adapter à une société plurielle. Il ne s’agit pas de se laisser aliéner, mais de se laisser altérer par l’autre avec qui il faut faire l’histoire.
Aujourd’hui on risque d’instrumentaliser la médiation sociale : pour sécuriser des espaces ou des transports en commun, pour ”formater” des individus afin qu’ils correspondent aux normes d’un service public.
La personne est-elle vraiment prise en compte ?
Pour envisager une solidarité de destin, l’Eglise est attendue dans les quartiers populaires pour servir cet immense besoin de médiation.
Mgr BRUNIN, évêque auxiliaire de Lille : « Pour qui vit et travaille durablement dans les quartiers difficiles, il est impossible de ne pas percevoir une montée de ce qui peut se nommer une culture de la rancœur (…). Face aux situations difficiles pour les jeunes, il nous faut éviter le double piège de l’enfermement dans un discours de victimisation qui déresponsabilise, comme celui d’une condamnation sans appel qui marginalise. »


À un ami cerné, il faut laisser une issue.
SUN TZU
On ne demandait pourtant pas beaucoup de la vie. On apprend à en demander moins encore ... toujours moins. - Et de soi, toujours plus.
André GIDE
Les Faux-monnayeurs

En guise de bouquet final, je me suis infligée – histoire de tester ma résistance morale et psychique – un téléfilm au titre plus qu’évocateur : « Les Enfants du miracle » Tendance maso quand tu nous tiens, merci, merci !
Cette fiction en deux parties (aurai-je le courage de regarder la suite ?) revisite intelligemment l’épopée de la fécondation in vitro à travers l’histoire très romancée de René Frydman, le « papa » du premier bébé-éprouvette français. Nous sommes en 1979 : les héros, le gynécologue Antoine Daumier (alias René Frydman) et le biologiste Guillaume Bardet, encouragés par la naissance du premier bébé-éprouvette en Angleterre, s’investissent corps et âme dans l’aventure de la fécondation in vitro. L’espoir suscité chez les femmes stériles est immense … Et en 1981, Amandine, premier bébé-éprouvette français, voit le jour grâce aux recherches dirigées par le professeur René Frydman.
Sur le plan factuel, c’est leur histoire qui est racontée dans ce téléfilm avec un grand souci de fidélité à la réalité médicale. Ce qui laisse malgré tout une large part à la fiction et au romanesque ; l’épopée scientifique se révèle sous sa dimension humaine à travers le regard croisé des médecins et des patientes. On découvre ainsi leur vie sentimentale et familiale, mise à mal par une détermination tournée vers cet unique but, mais aussi par les incertitudes et les échecs. À la réussite éblouissante de la première naissance succède bientôt le temps des doutes. « Jusqu’où peut-on manipuler la nature ? » interroge finement ce film qui, tout en assumant une narration didactique, s’anime parfois d’un vrai souffle.

Du souffle, moi, je n’en ai plus, en quasi-apnée, je recherche avec avidité une source de réconfort, une fenêtre de soulagement, un regard bienveillant… Rien à l’horizon, aucune bouée comme pour mieux me rappeler que notre existence intérieure se vit absolument seule, isolée, cloisonnée, de même pour la souffrance, expérience non-partageable, son poids n’est délestable sur personne, même si cette dernière fait preuve d’un réel sens d’écoute, d’attention, de soutien ! Nous ne sommes résolument que des petits soldats animés par un sens de la conservation –le plus souvent indestructible -, parfois borné, exigu, veule, comme un déterminisme qui nous échappe… Puisse la vie nous apporter autre chose – un jour ? -, qu’un combat sans fin contre la désespérance, une lutte sans merci contre la douleur, une guerre sans relâche contre des cortèges de frustration enfin un baroud d’honneur sans honneur, sans dignité, sans grandeur !
Quoi de mieux en guise de somnifère que de suivre l’émission d’Arlette Chabot, « Mots croisés », qui après avoir débattu du projet de décentralisation dans l’Éducation nationale (on en reparlera, …), avait comme invité principal, le professeur René Frydman pour débattre des problèmes éthiques en matière de procréation médicalement assistée (PMA), de diagnostic préimplantatoire (DPI) et donc du monde mystérieux et sacré du vivant !
Quelle détermination ai-je à vouloir toujours plus me faire mal, à jeter du sel sur des meurtrissures inguérissables, à raviver des plaies non cicatrisables !
Maintenant la mission « dodo » s’avère impossible ; et une cohorte de pensées cauchemardesques, de visions existentielles plus que ténébreuses, de ratiocinations « stériles » (!!!!!) m’assaillent…
Au revoir misérable lundi, bonjour merveilleux (supposé, espéré) mardi !
Ciao, pour ne pas dire adieu…
Douze ans après la naissance du premier bébé-éprouvette français, le Dr Daumier est confronté à des questions éthiques fondamentales. Parfois aux frontières de l’eugénisme, les demandes de ses patientes le plongent dans des cas de conscience inextricables en l’absence d’une loi sur la bioéthique. Une femme exige l’implantation d’embryons congelés avant le décès de son mari. Antoine refuse, mais accepte de réaliser un diagnostic préimplantatoire pour une de ses infirmières (et amies), porteuse du gène de la myopathie de Duchêne. Une démarche alors illégale en France. Loin de fuir ses responsabilités, il pense qu’un procès permettra d’ouvrir un nécessaire débat public. L’incertitude du médecin face aux progrès de la science, voilà un lourd et complexe sujet à traiter dans un téléfilm. S’il informe et explique sans pour autant renoncer aux exigences de la fiction, ce second volet semble forcer le trait. Le scénario se recentre sur le personnage du Dr Daumier, qui incarne l’unique voix du bon sens dans une société incapable d’encadrer les progrès de la génétique… Cet épisode pointe utilement les insuffisances législatives en matière de bioéthique, et l’incapacité de notre société à ouvrir un débat de fond.
Que doit-on faire des embryons congelés, dans quels cas réaliser un diagnostic préimplantatoire, faut-il autoriser la recherche sur les embryons ? Sur beaucoup de ces questions, souligne justement le film, la loi ne s’est toujours pas prononcée.

La connaissance du monde sans la conscience des désirs de vie est une connaissance morte.
Raoul VANEIGEM



Vous ne serez point étonnées si je vous annonce que tout ce qui tourne autour des assistances médicales procréatrices, mais également de l’évolution de la science dans la découverte du monde du vivant et du système reproductif me passionne, m’interpelle, me concerne. Tant sur le pur plan personnel que sur le plan sociétal et moral.
Voilà deux ébauches de textes écrits sur le vif [donc peu construits, et visant surtout à offrir des pistes de réflexion], appartenant à une démarche d’apprentissage de connaissance, d’analyse des différents points de vue pour – je le souhaite – aboutir à une synthèse personnelle.

Vendredi 6 décembre 2002

QUE PENSER DU CLONAGE ?

Dans sa perpétuelle course au progrès, l’homme améliorera-t-il la technique ? La reproduction sans fécondation, donc sans mélanger l’hérédité de deux êtres, sera-t-elle un jour proposée couramment comme une alternative à la reproduction sexuelle ?
Pour nombre de scientifiques, le clonage reproductif n’aurait pas d’avenir. Sans chercher dans les fantasmes d’armées de clones, ou de répliques de soi, une autre révolution biologique est en marche. À travers la recherche sur le clonage, c’est tout le secret du développement du vivant que l’homme tente de percer, de maîtriser.
Penser que chacun de nous, composé de milliards de cellules de plus de deux cents types différents, est issu d’une seule misérable cellule, rappelle le prodige permanent du vivant.
Le public s’inquiète beaucoup du clonage, mais je crois que les applications de la génétique auront bien davantage d’impact sur la société. Le clonage restera toujours limité à une petite échelle ! En revanche, on voit déjà les problèmes que posent les tests génétiques. La prochaine génération sera confrontée à de terribles questions : mon employeur doit-il connaître mon génome ?… Bien sûr les retombées thérapeutiques seront peut-être immenses, on saura adapter des traitements à chacun en fonction de sa sensibilité, mais on mesure encore mal la difficulté des questions que la génétique va poser à la société !

Mercredi 4 décembre 2002

UTILISATION DE LA SELECTION EMBRYONNAIRE

Débat autour des enfants nés après sélection embryonnaire pour permettre une greffe de sang du cordon à un frère ou à une sœur malade.
Un enfant peut-il être conçu dans le dessein de sauver son frère ou sa sœur, atteint d’une grave maladie génétique ? La perspective d’étendre à ces « bébés-médicaments » le diagnostic préimplantatoire (DPI), qui se limite aujourd’hui à écarter des embryons atteints d’une anomalie génétique, est aujourd’hui l’objet d’un nécessaire débat.
Le Comité consultatif national d’éthique du 8 juillet 2002, bien que circonspect, ne s’oppose pas à un recours plus large aux DPI. Pour le professeur Jacques MILLIEZ, chef du service de gynécologie obstétrique de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, cette position comporte le risque d’une dérive eugénique.
Certes le but premier est légitime : on sauve un enfant avec le sang de son frère ou de sa sœur. Plus scientifiquement, avec la greffe de cellules souches provenant du cordon ombilical de son cadet. Pour y parvenir, on crée des embryons par fécondation in vitro, on sélectionne ceux qui sont compatibles et on élimine les autres. A priori, on peut considérer que tout cela n’est pas très grave. Mais, de concessions en concessions, on en arrive à la transgression. La prochaine étape, au nom de la compassion pour la détresse des parents, peut-être d’accepter le clonage. Avec tout ce que cela peut engendrer !
On s’interroge également beaucoup à propos de la thérapie génique sur l’embryon. Deux visions s’affrontent : les « pour » qui voient la possibilité d’apporter un matériel génétique afin que la maladie ne s’exprime pas ; les « contre » qui voient des effets négatifs en activant des gènes nocifs qui risquent de se transmettre de génération en génération. Et, à terme, de mettre en péril l’ensemble du génome humain.

Il sera intéressant d’étudier l’évolution de mon avis personnel sur un thème majeur, sujet à de nombreuses polémiques – comme tout ce qui touche à la bioéthique - nécessitant un réel approfondissement des données, informations, avis divers, pour oser se permettre une opinion définitive…
Comment l’indomptable recherche scientifique va-t-elle rester au service du mieux-être physique et mental de tous ? Deux maîtres mots : éducation et éthique, qu’il faut traduire en pratique.
Etienne-Émile BEAULIEU


La question politique, c’est d’abord celle du juste et de l’injuste.
La question morale, c’est celle du bien et du mal, de l’humain et de l’inhumain.
La question spirituelle, c’est la question du sens ou du non-sens.

L’éthique c’est l’esthétique de dedans.
Pierre REVERDY


Fin reprise des chroniques fin mai 2003