La Résille

 

Est-ce la pluie ? Ou seulement le vent

Qui s'amuse à froisser le feuillage des arbres ?

Je vais à la croisée et je regarde

Le jardin immobile et l'oiseau tournoyant.

 

Hirondelle, pourquoi veux-tu partir si vite

Et laisser ton nid vide ?

Rien ne presse,

Puisque la rose est toujours vive

Et le jasmin de Virginie.

 

Reste un peu plus ici, reste,

Et trace sans arrêt sur ce fond gris et vert

De campagne et de ciel

La résille magique où se perd

Le poids de mon souci.

 

Reste jusqu'à la fin de cet automne, reste,

Car quand tu reviendras, ô ma charmante amie,

Ce vieil homme sera-t-il encore à sa fenêtre,

Ou bien à jamais endormi ?

 

Tristan KLINGSOR
[Chansons villageoises – 1934]