Ô le calme jardin d'été où rien ne bouge

 

Ô le calme jardin d'été où rien ne bouge !

Sinon là-bas, vers le milieu

De l'étang clair et radieux,

Pareils à des langues de feu,

Des poissons rouges.

 

Ce sont nos souvenirs jouant en nos pensées

Calmes et apaisées

Et lucides - comme cette eau

De confiance et de repos.

 

Et l'eau s'éclaire et les poissons sautillent

Au brusque et merveilleux soleil,

Non loin des iris verts et des blanches coquilles

Et des pierres, immobiles

Autour des bords vermeils.

 

Et c'est doux de les voir aller, venir ainsi,

Dans la fraîcheur et la splendeur

Qui les effleure,

Sans crainte aucune et sans souci,

Qu'ils ramènent, du fond à la surface,

D'autres regrets que des regrets fugaces.

 

Émile VERHAEREN

[Les Heures d’après-midi]