Belles fleurs, dont je voy ces jardins embellis

 

Belles fleurs, dont je voy ces jardins embellis,

Chastes Nymphes, l'Amour et le soin de l'Aurore,

Innocentes beautez que le Soleil adore,

Dont l'éclat rend la Terre et les Cieux embellis.

 

Allez rendre l'hommage au beau teint de Philis,

Nommez-la vostre Reine, et confessez encore,

Qu'elle est plus éclattante et plus belle que Flore,

Lors qu'elle a plus d'œillets, de roses, et de lis.

 

Quittez donc sans regret ces lieux et vos racines,

Pour voir une beauté, dont les grâces divines,

Blessent les cœurs des Dieux d'inévitables coups ;

 

Et ne vous faschez point si vous mourez pour elle,

Aussi-bien la cruelle

Fera bientost mourir tout le monde après vous.

 

Vincent VOITURE

(1597-1648)

[Poésies posthumes – 1650]