Le verger

 

Dans le jardin, sucré d'œillets et d'aromates,

Lorsque l'aube a mouillé le serpolet touffu,

Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates,

Chancellent, de rosée et de sève pourvus,

 

Je viendrai, sous l'azur et la brume flottante,

Ivre du temps vivace et du jour retrouvé,

Mon cœur se dressera comme le coq qui chante

Insatiablement vers le soleil levé.

 

L'air chaud sera laiteux sur toute la verdure,

Sur l'effort généreux et prudent des semis,

Sur la salade vive et le buis des bordures,

Sur la cosse qui gonfle et qui s'ouvre à demi ;

 

La terre labourée où mûrissent les graines

Ondulera, joyeuse et douce, à petits flots,

Heureuse de sentir dans sa chair souterraine

Le destin de la vigne et du froment enclos.

 

Des brugnons roussiront sur leurs feuilles, collées

Au mur où le soleil s'écrase chaudement ;

La lumière emplira les étroites allées

Sur qui l'ombre des fleurs est comme un vêtement.

 

[…]

 

Anna de NOAILLES