La rose de l'infante

 

Ô rictus du vampire assouvissant sa faim !

Cette pâle Angleterre, il la tient donc enfin !

Qui pourrait la sauver ? Le feu va prendre aux poudres.

Philippe dans sa droite a la gerbe des foudres ;

Qui pourrait délier ce faisceau dans son poing ?

N’est-il pas le seigneur qu’on ne contredit point ?

N’est-il pas l’héritier de César ? le Philippe

Dont l’ombre immense va du Gange au Pausilippe ?

Tout n’est-il pas fini quand il a dit : Je veux !

N’est-ce pas lui qui tient la victoire aux cheveux ?

N’est-ce pas lui qui lance en avant cette flotte,

Ces vaisseaux effrayants dont il est le pilote

Et que la mer charrie ainsi qu’elle le doit ?

Ne fait-il pas mouvoir avec son petit doigt

Tous ces dragons ailés et noirs, essaim sans nombre ?

N’est-il pas lui, le roi ? n’est-il pas l’homme sombre

À qui ce tourbillon de monstres obéit ?

 

Quand Béit-Cifresil, fils d’Abdallah-Béit,

Eut creusé le grand puits de la mosquée, au Caire,

Il y grava : « Le ciel est à Dieu ; j’ai la terre. »

Et, comme tout se tient, se mêle et se confond,

Tous les tyrans n’étant qu’un seul despote au fond,

Ce que dit ce sultan jadis, ce roi le pense.

 

[…]

 

Victor HUGO

(1802-1885)

[La Légende des Siècles]