Quand vous considérez en cette claire glace

 

Quand vous considérez en cette claire glace

De vos perfections les belles raretés,

Non, vous n'y voyez point cette parfaite grâce

Que tout œil reconnaît aux traits de vos beautés.

 

De quoi vous peut servir de savoir être belle ?

C'est cela que sans plus vous montre le miroir,

Mais dans le cœur amant qui vous est tout fidèle

Vous verrez vos beautés pour savoir leur pouvoir.

 

Votre œil beau roi des yeux ne se devrait pas plaire

Au rapport des miroirs bien souvent imparfaits,

C'est dans les yeux d'amour qu'il se faut satisfaire

Et voir dedans les cœurs le pouvoir de ses traits.

 

Voyez donc par mes yeux dans mon âme constante,

Voyez votre pouvoir sur mes affections,

Non comme en ce miroir qui ne vous représente

Que les traits passagers de vos perfections.

 

Mais Belle, voyez-y, voyez-y donc ma Belle,

Et vous y connaîtrez un effet merveilleux,

Regardez-y de près, vous me verrez fidèle,

N'avoir autre lumière en mon cœur que vos yeux.

 

Béroalde de VERVILLE

(1556-1626)