Francine a si bonne grace

 

Francine a si bonne grace,

Elle a si belle la face,

Elle a les sourcis tant beaux,

Et dessous, deux beaux flambeaux,

De qui la clarté seréne

Tout heur ou m'oste ou m'améne.

La belle n'a rien de fiel,

Elle est tout sucre et tout miel,

Et l'aleine qu'elle tire

Rien que parfuns ne respire.

Son baiser delicieux

C'est un vray nectar des dieux :

Elle est tant propre et tant nette,

Elle est en tout si parfette,

Elle devise tant bien,

Elle ne se coupe en rien.

Ce n'est qu'amours et blandices,

Mignardises et delices :

Elle sçait pour m'enchanter

Si doucettement chanter,

Atrempant sa voix divine,

Les baisers de ma Meline

Et tout cela que Ronsard

A chanté de plus mignard.

Elle sçait les mignardises

Qu'elle a de nouvel aprises

De Tahureau tendrelét

Plus que vous mignardelét.

Elle sçait ces mignardises,

El'les a par coeur aprises,

Du chant en ravist les cieux,

Et, je croy, les feroit mieux.

Il n'est histoire ancienne

Dont elle ne se souvienne :

En amours il n'y a rien

Qu'elle ne sçache fort bien.

Nul ne fait plus d'estime

De quelque excellante rime,

Nulle ne voit mieux un vers

Quand il cloche de travers.

Qui choisiroit une amie

De graces mieux acomplie,

Quand si heureux il seroit

Qu'elle le contraimeroit ?

Toutefois tousjours Peruse

Envers moy tousjours l'acuse,

Et m'engarder il voudroit

D'aimer en si bon endroit.

Quoy ? S'il me vouloit reprendre,

Quoy ? S'il me vouloit deffendre,

(Mais en vain) d'aimer mes yeux,

Ou chose que j'aime mieux ?

 

Jean-Antoine de BAÏF

(1532-1589)