Le Potowatomis

 

Il est là sombre et fier ; sur la forêt immense,

Où ses pères ont vu resplendir leur puissance,

Son œil noir et perçant lance un regard amer.

La terre vers le ciel jette ses voix sublimes,

Et les pins verdoyants courbent leurs hautes cimes

Ondoyantes comme la mer.

 

Mais le vent souffle en vain dans la forêt sonore ;

En vain le rossignol, en saluant l'aurore,

Fait vibrer dans les airs les notes de son chant ;

Car l'enfant des forêts, toujours pensif et sombre,

Regarde sur le sable ondoyer la grande ombre

De l'étendard de l'homme blanc.

 

Aux bords des lacs géants, sur les hautes montagnes,

De la croix, de l'épée invincibles compagnes,

Les pionniers français ont porté les rayons.

L'enfant de la forêt, reculant devant elle,

En frémissant a vu ces deux reines nouvelles

Tracer leurs immortels sillons.

 

Son cœur ne connaît plus qu'un seul mot : la vengeance.

Et quand son œil noir voit l'étendard de la France,

On lit dans son regard tout un drame sanglant ;

Et quand il va dormir au bord des larges grèves,

Il voit toujours passer au milieu de ses rêves

Une croix près d'un drapeau blanc.

 

Octave CRÉMAZIE

(1827-1879)