Mon ami, le paysage

 

J'ai pour voisin et compagnon

Un vaste et puissant paysage

Qui change et luit comme un visage

Devant le seuil de ma maison.

 

Et je lui dis des choses tendres

Et profondes avec mon cœur

Les soirs quand la clarté se meurt

Et que seul il me peut entendre.

 

Je lui parle des jours passés

Quand, le corps lourd de déchéances,

Je vins chercher dans sa jouvence

Un air allègre et condensé,

 

Quand je sentis en moi renaître,

Jour après jour, l'ancien désir

D'aimer le monde et l'avenir

Et d'être fort et d'être maître ;

 

[…]

 

Émile VERHAEREN