Mon ami, le paysage

 

J'ai pour voisin et compagnon

Un vaste et puissant paysage

Qui change et luit comme un visage

Devant le seuil de ma maison.

 

Je vis chez moi de sa lumière

Et de son ciel dont les grands vents

Agenouillent ses bois mouvants

Avec leur ombre sur la terre.

 

Il est gardé par onze tours

Qui regardent du bout des plaines

De larges mains semer les graines

Sur l'aire immense des labours.

 

Un chêne y détient l'étendue

Sous sa rugueuse autorité,

Mais les cent doigts de la clarté

Jouent dans ses feuilles suspendues.

 

[…]

 

Émile VERHAEREN