Autour de ma maison

 

Mais voici l'ombre et le soleil sur le jardin

Et des guêpes vibrant là-bas, dans la lumière ;

Voici les longs et clairs et sinueux chemins

Bordés de lourds pavots et de roses trémières ;

Aujourd'hui même, à l'heure où l'été blond s'épand

Sur les gazons lustrés et les collines fauves,

Chaque pétale est comme une paupière mauve

Que la clarté pénètre et réchauffe en tremblant.

Les moins fiers des pistils, les plus humbles des feuilles

Sont d'un dessin si pur, si ferme et si nerveux

Qu'en eux

Tout se précipite et tout accueille

L'hommage clair et amoureux des yeux.

 

L'heure des juillets roux s'est à son tour enfuie,

Et maintenant

Voici le soleil calme avec la douce pluie

Qui, mollement,

Sans lacérer les fleurs admirables, les touchent ;

Comme eux, sans les cueillir, approchons-en nos bouches

Et que notre cœur croie, en baisant leur beauté

Faite de tant de joie et de tant de mystère,

Baiser, avec ferveur, délice et volupté,

Les lèvres mêmes de la terre.

 

[…]

 

Émile VERHAEREN