La folie

 

O la folie et ses soleils, tout à coup blancs !

O la folie et ses soleils plombant

A rayons lents,

A rayons ternes,

Sinistrement,

La fièvre et le travail modernes !

 

jadis tout l'inconnu était peuplé de dieux,

Ils étaient la réponse aux questions dont l'homme

En son âme puérile dressait la somme ;

Ils étaient forts puisqu'ils étaient silencieux ;

Et la prière et le blasphème

Qui ne résolvaient rien

Tranchaient pourtant, au nom du mal, au nom du bien,

Les problèmes suprêmes.

 

Or aujourd'hui c'est la réalité

Secrète encor, mais néanmoins enclose

Au cours perpétuel et rythmique des choses,

Qu'on veut, avec ténacité,

Saisir, pour ordonner la vie et sa beauté,

Selon les causes.

 

[…]

 

Émile VERHAEREN