Poésie

 

L'oiseau jette un cri de gloire

Et l'homme ayant joint les doigts

A l'air de dire une histoire

D'autrefois.

Ô plus haute que la vie,

Froide et pâle Poésie,

Lève-toi

Et pleure et danse à la fois.

 

Allonge vers les bouleaux

Tes bras si longs et si beaux,

Insaisissable pensée,

Et sur ta chair offensée

Ramène le triste flot

De tes tresses délacées.

 

Ô tristes et longs sanglots

De l'oiseau.

L'homme est mort d'avoir osé

Un baiser.

Il gît blême sur la mousse

À jamais dormante et douce

Pour ses membres reposés.

 

Cache à demi dans l'écorce

Du plus fort de ces bouleaux,

Rêve, ton flexible torse,

Tes deux seins jeunes et beaux

Et que l'ombre molle effleure

L'arbre pâle où l'oiseau pleure.

De la tête qui s'incline

Que la chevelure fine

Retombe avec les rameaux

Comme un long flot de pensées

Divines et balancées

Au mouvement des bouleaux.

 

Cécile SAUVAGE

(1883-1927)