La prière

 

Oui, j'espère, Seigneur, en ta magnificence :

Partout à pleines mains prodiguant l'existence,

Tu n'auras pas borné le nombre de mes jours

A ces jours d'ici-bas, si troublés et si courts.

Je te vois en tous lieux conserver et produire ;

Celui qui peut créer dédaigne de détruire.

Témoin de ta puissance et sûr de ta bonté

J'attends le jour sans fin de l'immortalité.

La mort m'entoure en vain de ses ombres funèbres,

Ma raison voit le jour à travers ces ténèbres.

C'est le dernier degré qui m'approche de toi,

C'est le voile qui tombe entre ta face et moi.

Hâte pour moi, Seigneur, ce moment que j'implore ;

Ou, si, dans tes secrets tu le retiens encore,

Entends du haut du ciel le cri de mes besoins ;

L'atome et l'univers sont l'objet de tes soins,

Des dons de ta bonté soutiens mon indigence,

Nourris mon corps de pain, mon âme d'espérance ;

Réchauffe d'un regard de tes yeux tout-puissants

Mon esprit éclipsé par l'ombre de mes sens

Et, comme le soleil aspire la rosée,

Dans ton sein, à jamais, absorbe ma pensée.

 

Alphonse de LAMARTINE

(1790-1869)