Absence, Absence, Absence, ô cruelle divorce

 

Absence, Absence, Absence, ô cruelle divorce,

Pitié des affligés, maison d'obscurité,

Qui ruine tout le monde, et dont l'autorité

Fait de nouveaux enfers, connaissant bien sa force,

 

Pourquoi, hélas pourquoi, ô misérable amorce,

De mes soudainetés, as-tu précipité

Mon cœur sur tous les cœurs, amoureux éventé,

Indomptable et lointain, et qui n'a que l'écorce ?

 

Las ! au moins si j'avais pour augure l'étoile,

La Déesse suante avecques ce gris voile,

Tout fraîchement rompu des machines de bois,

 

Ou que les vents plus forts sur la mer agitée

M'apportassent le nom, ou le son de la voix

De Madame, j'aurais ma fortune tentée.

 

Christofle de BEAUJEU

(1550-?)