Mélancolie

 

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,

Là-bas tord la forêt comme une chevelure.

Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure,

Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

 

L'automne qui descend des collines voilées

Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre cœur

Et voici que s'afflige avec plus de ferveur

Le tendre désespoir des roses envolées.

 

Le vol des guêpes d'or qui vibrait sans repos

S'est tu : le pêne grince à la grille rouillée ;

La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,

Et le linge blanc claque, éperdu, dans l'enclos.

 

Le jardin nu sourit comme une face aimée

Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;

Seul le son d'une enclume ou l'aboiement d'un chien

Monte, mélancolique, à la vitre fermée.

 

Albert SAMAIN

[Le Chariot d'Or - Mercure de France, 1900]