Soir d'automne

 

Il est doux, ô mes yeux, lorsque le vent d'automne

Cesse de s'acharner à l'arbre dont frissonne

Le spectre dépouillé qui craque et tremble encor,

De voir, dans l'air muet, où son vol se balance,

Tomber en tournoyant à travers le silence,

Une dernière feuille d'or.

 

Quand au jour éclatant qui se voile succède

Le crépuscule lent, humide, mol et tiède,

Qui fait perler la mousse au dos des bancs velus,

Il est doux, au jardin mystérieux, d'entendre

Résonner dans le soir le rire obscur et tendre

Des visages qu'on ne voit plus.

 

Henri de REGNIER

[Le Miroir des heures - Mercure de France, 1910]