Pensées des Morts

 

Les mondes que tu répares

Devant toi vont rajeunir,

Et jamais tu ne sépares

Le passé de l’avenir ;

Tu vis ! Et tu vis ! les âges,

Inégaux pour tes ouvrages,

Sont tous égaux sous ta main ;

Et jamais ta voix ne nomme,

Hélas ! Ces trois mots de l’homme :

Hier, aujourd’hui, demain !

 

Ô Père de la nature,

Source, abîme de tout bien,

Rien à toi ne se mesure,

Ah ! Ne te mesure à rien !

Mets, ô divine clémence,

Mets ton poids dans la balance,

Si tu pèses le néant !

Triomphe, ô vertu suprême !

En te contemplant toi-même,

Triomphe en nous pardonnant !

 

Alphonse de LAMARTINE