Le cimetière marin

 

L'âme exposée aux torches du solstice,

Je te soutiens, admirable justice

De la lumière aux armes sans pitié !

Je te tends pure à ta place première,

Regarde-toi ! . . . Mais rendre la lumière

Suppose d'ombre une morne moitié.

 

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,

Auprès d'un cœur, aux sources du poème,

Entre le vide et l'événement pur,

J'attends l'écho de ma grandeur interne,

Amère, sombre, et sonore citerne,

Sonnant dans l'âme un creux toujours futur !

 

Sais-tu, fausse captive des feuillages,

Golfe mangeur de ces maigres grillages,

Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,

Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,

Quel front l'attire à cette terre osseuse ?

Une étincelle y pense à mes absents.

[…]

Paul VALÉRY