Dans le dortoir du pensionnat

 

Dans le dortoir du pensionnat,

La solitude ne dort jamais

Et elle hante les jeunes filles en fleur

Dont le corps en éveil

Ondule de soif

Sur le drap vide de caresses.

Alors elles se lèvent

Et marchent dans les troubles

De leurs sensations nouvelles,

Inquiètes et désireuses à la fois,

La tête baissée mais les seins tendus

Et elles se frôlent des pensées du corps

Et elles se rejoignent

Et s’effleurent

Et se tendent

Et tremblent

Et s’oublient

À combler leur solitude,

À entendre le chant du corps

Heureux des caresses

Qui brûlent l’absence,

Qui brûlent l’ennui

Et qui dansent comme des flammes

Réchauffant l’exil de leurs nuits,

Ouvrant le secret charnel,

Apaisant l’isolement

Et le rêve de ce garçon du lycée d’en face,

Qu’elles observent passer parfois sous la fenêtre,

Et qui sans le savoir,

Fit naître en elles, un soir,

Un premier émoi :

La première vague du désir.

 

Renée VIVIEN

surnommée « Sapho 1900 »