Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche


Perce-moi l'estomac d'une amoureuse flèche,

Brûle tous mes désirs d'un feu étincelant,

Élève mon esprit d'un désir excellent,

Foudroie de ton bras l'obstacle qui l'empêche.


Si le divin brandon de ta flamme me sèche,

Fais sourdre de mes yeux un fleuve ruisselant :

Qu'au plus profond du cœur je porte recélant,

Des traits de ton amour la gracieuse brèche.


Puisque tu n'es qu'amour, ô douce charité,

Puisque pour trop aimer tu nous as mérité

Tant de biens infinis et d'admirables grâces,


Je te veux supplier par ce puissant effort

De l'amour infini qui t'a causé la mort,

Qu'en tes rêts amoureux mon âme tu enlaces.


Gabrielle de COIGNARD

(?-1594)

 

Les sonnets de la Toulousaine, veuve inconsolable, seront publiés pars ses filles : la chair mise au ban de l'esprit, notre fragilité devant la puissance divine, le goût de la nature.