ii

II

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,

ô chauds soupirs, ô larmes répandues,

ô noires nuits vainement attendues,

ô jours luisants vainement revenus !


Ô tristes plaintes, ô désirs obstinés,

ô temps perdus, ô peines dilapidées,

ô mille morts disposées en mille filets,

ô pires maux qui me sont destinés !


Ô rires, ô front, cheveux, bras, mains et doigts !

ô luth plaintif, viole, archet et voix !

tant de flambeaux pour brûler une femelle !


Je me plains de ce que, alors que tu portais tant de feux,

et que tu touchais mon cœur de ces feux en tant d'endroits,

aucune étincelle n'en ait volé sur toi.


Louise LABÉ


Ce sonnet est exactement semblable dans ses deux quatrains au cinquante-cinquième des Soupirs d'Olivier de Magny (1557).