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Ulysse lui-même ou tout autre

Plus avisé encore, de ces divines apparences,

Pleines de grâce, d'honneur et de réserves,

N'aurait rien espéré, comme moi, qui n'en retire que malheur et affliction.


Mais toi, Amour, par le moyen de ces beaux yeux,

Tu as fait une telle plaie en mon cœur innocent,

Autrefois ton refuge, qui te donnais chaleur et aliment,

Qu'il n'y a de remède possible, si tu ne le donnes toi-même.


Oh dur destin, qui me fait être comme

Le dard d'un scorpion, et chercher protection

Contre le venin de ce même animal.


Je ne te demande que d'anéantir cette souffrance,

Mais pas d'éteindre mon si cher désir,

Qui ne pourrait disparaître sans que je me meure.


Louise LABÉ

(1516/1523 ? - 1566)

[Œuvres - 1555]


"La Belle Cordière" est cultivée autant que sportive. Elle exalte les femmes à dépasser l'homme "en science et vertu". Le mariage ne l'empêcha pas d'aimer l'infidèle poète Olivier de Magny. En trois élégies et vingt-quatre sonnets, elle dit le tumulte des sens, invente la sensibilité romantique, dépeint l'ardeur d'un cœur avide et désespéré.