Les étoiles


À Mme de P***.


De ces astres brillants, son plus sublime ouvrage,

Dieu seul connaît le nombre, et la distance, et l'âge;

Les uns, déjà vieillis, pâlissent à nos yeux,

D'autres se sont perdus dans les routes des cieux,

D'autres, comme des fleurs que son souffle caresse,

Lèvent un front riant de grâce et de jeunesse,

Et, charmant l'Orient de leurs fraîches clartés,

Étonnent tout à coup l'œil qui les a comptés.

Dans la danse céleste ils s'élancent... et l'homme,

Ainsi qu'un nouveau-né, les salue, et les nomme.

Quel mortel enivré de leur chaste regard,

Laissant ses yeux flottants les fixer au hasard,

Et cherchant le plus pur parmi ce chœur suprême,

Ne l'a pas consacré du nom de ce qu'il aime?

Moi-même... il en est un, solitaire, isolé,

Qui, dans mes longues nuits, m'a souvent consolé,

Et dont l'éclat, voilé des ombres du mystère,

Me rappelle un regard qui brillait sur la terre.

Peut-être?... ah! puisse-t-il au céleste séjour

Porter au moins ce nom que lui donna l'Amour !


[…]


Alphonse de LAMARTINE