Pascal


À Ernest Havet


DERNIER MOT

Pascal, à ce bourreau, toi, tu disais : " Mon Père. "

Son odieux forfait ne t'a point révolté ;

Bien plus, tu l'adorais sous le nom de mystère,

Tant le problème humain t'avait épouvanté.

Lorsque tu te courbais sous la Croix qui t'accable,

Tu ne voulais, hélas ! qu'endormir ton tourment,

Et ce que tu cherchais dans un dogme implacable,

Plus que la vérité, c'était l'apaisement,

Car ta Foi n'était pas la certitude encore ;

Aurais-tu tant gémi si tu n'avais douté ?

Pour avoir reculé devant ce mot : J'ignore,

Dans quel gouffre d'erreurs tu t'es précipité !

Nous, nous restons au bord. Aucune perspective,

Soit Enfer, soit Néant, ne fait pâlir nos fronts,

Et s'il faut accepter ta sombre alternative,

Croire ou désespérer, nous désespérerons.

Aussi bien, jamais heure à ce point triste et morne

Sous le soleil des cieux n'avait encor sonné ;

Jamais l'homme, au milieu de l'univers sans borne,

Ne s'est senti plus seul et plus abandonné.

Déjà son désespoir se transforme en furie ;

Il se traîne au combat sur ses genoux sanglants,

Et se sachant voué d'avance à la tuerie,

Pour s'achever plus vite ouvre ses propres flancs.

[…]

Louise ACKERMANN